Yves Aubin de La Messuzière, un ambassadeur dans la tourmente

Diplomate français, expert du monde arabe, Yves Aubin de La Messuzière revient dans son ouvrage Profession diplomate sur sa carrière et les mutations du métier d’ambassadeur au cours des dernières décennies. 

Pour vous, l’ambassadeur d’aujourd’hui est « dans la tourmente». Aurait-t-il perdu son pouvoir de négociation, pourtant au cœur de sa mission ? 

Yves Aubin de La Messuzière : Le pouvoir des diplomates dépend étroitement des terrains d’action mais aussi de la dynamique insufflée au sommet de l’Etat. Jacques Chirac par exemple, appréciait beaucoup les ambassadeurs et les écoutait, ce qui n’était pas le cas de Nicolas Sarkozy, qui leur portait un certain mépris, considérant qu’ils étaient des exécutants. Aujourd’hui, il y a encore beaucoup de préjugés et d’ignorance sur le métier d’ambassadeur parmi les Français. Je me rappelle toujours d’une réflexion de Laurent Fabius : « Si vous ne donnez pas la priorité à l’économie, vous finirez par ressembler au Marquis de Norpois ». Il évoquait ce diplomate à la tasse de thé, au langage désuet et déblatérant des monceaux de sottises, personnage sorti d’A la recherche du temps perdu de Marcel Proust.  Image que se font beaucoup de Français d’un ambassadeur. Or, son rôle de négociateur est bien réel, surtout dans les situations de crise et de grande complexité.

Lorsque j’étais à Bagdad comme chargé des intérêts français – il n’y avait pas de représentation diplomatique à l’époque – je suis devenu un spécialiste des armes de destruction massive. Je suivais le travail des inspecteurs, ainsi que les questions d’acheminement de l’aide humanitaire, dans un pays sous embargo. A l’époque, il ne se passait pas un jour dans l’enceinte onusienne sans un débat sur l’une de ces deux questions. J’étais un acteur privilégié de la négociation, amenant Tarek Aziz et Sadam Hussein à accepter la mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité, les persuadant que c’était dans leur intérêt d’ouvrir les palais présidentiels au contrôle des inspecteurs. Quelques années plus tard, c’est à nouveau les diplomates qui, en amont du célèbre discours de Dominique de Villepin à la tribune de l’ONU, ont fait un travail formidable auprès des membres du conseil de sécurité pour s’opposer au projet de résolution américano-britannique donnant l’aval à une intervention militaire en Irak. 

Vous évoquez la « diplomatie du téléphone» qui peut marginaliser les diplomates. Expliquez-nous. 

On observe depuis plusieurs décennies déjà que des situations de crise peuvent se résoudre par un coup de fil entre ministres et chefs d’Etat. Ces derniers sont aussi beaucoup plus mobiles. Emmanuel Macron a déjà presque fait le tour du monde, comme François Hollande l’avait fait avant lui. L’ambassadeur est souvent confronté à l’influence de la DGSE, du ministère de la défense, de Bercy et même de réseaux politico-financiers sur la diplomatie. C’était beaucoup le cas au moment de la Françafrique, les ambassadeurs du continent pouvaient être marginalisés. Pour autant sur le terrain, quand il s’agit de protéger les communautés françaises, d’obtenir des informations et échanger avec la société civile locale, l’ambassadeur est en première ligne. J’en ai fait l’expérience au Tchad. 

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Vents contraires sur l’éolien occitan

Le développement de l’industrie éolienne confronté à des protecteurs de la nature inquiets

L’Occitanie voit la transition énergétique en grand. La région ambitionne de devenir la première d’Europe à couvrir 100% de ses besoins énergétiques par la production locale d’énergies renouvelables à l’horizon 2050. Si le territoire, venté et ensoleillé, est particulièrement bien loti, relever le défi n’est pas une mince affaire. L’énergie éolienne couvre aujourd’hui l’équivalent de 8,5% de la consommation régionale. Avec le développement actuel, l’objectif -multiplier par 5 la production- serait ainsi atteint en 2140 !

Alors que les acteurs de la filière sont bien décidés à carburer, la valse des suspensions et annulations enraye la machine. « Il faudrait une levée des contraintes, une simplification des procédures administratives et relancer l’implication des services de l’Etat » analyse Mellyn Massebiau, déléguée régionale Occitanie de France Energie Eolienne. Compliqué alors qu’un vent de fronde souffle sur la filière.

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L’écran méchant loup

Troubles de l’attention et du sommeil, addiction… La surexposition des enfants et des adolescents aux technologies numériques peut devenir un casse-tête. Comment mieux en encadrer l’usage ?

De l’agilité déconcertante avec laquelle les tout-petits manipulent la technologie, Mathilde a des exemples quotidiens. Lorsque son fils Marcel, 6 ans, parvient en quelques secondes à déverrouiller son Smartphone et à activer la lampe de poche là où elle avait échoué, elle dissimule difficilement ses sentiments mêlés de fierté et d’inquiétude : « Il n’essaye pas encore de tricher, mais il faudra vite mettre en place des systèmes de contrôle pour l’empêcher d’accéder à des contenus choquants. »

Jeux vidéo, poser les limites

À l’école aussi, le recours précoce aux écrans désarçonne les parents. « En CP, la maîtresse a mis en place des techniques éducatives qui passent par les tablettes, poursuit Mathilde. Je suis assez perplexe : c’est nécessaire, vu le monde dans lequel les enfants grandissent, mais ça me paraît tôt et ça génère le réflexe des écrans. » Un réflexe qui devient habitude. D’après Médiamétrie, 46% des 15-24 ans en France sont connectés sur leur Smartphone entre 18 heures et 22 heures. Confrontés à des mécanismes dont ils ignorent souvent les conséquences, les parents tergiversent. À plus forte raison face aux jeux vidéo.

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Qui suis-je ?

Justine Hugues journaliste

Ancienne humanitaire, j’ai passé près de 10 ans années aux côtés d’ONG (ACTED, Action Contre la Faim, Croix-Rouge française), des Nations-Unies et du ministère de l’Europe et des affaires étrangères sur le sous continent latino caribéen (Mexique, Nicaragua, République dominicaine) et en Birmanie.

Reconvertie en journaliste, j’ai collaboré près de trois ans avec lepetitjournal.com, média des Français et francophones de l’étranger, traitant de problématiques liées à la mobilité internationale, la représentation politique des Français de l’étranger, le tourisme et l’immigration.

Aujourd’hui indépendante, je me passionne pour les problématiques de développement, inégalités, migrations et justice sociale. Je veux documenter les alternatives à un modèle social et environnemental qui s’essouffle, aller à la rencontre de ceux qui créent le monde de demain.

Voyageuse invétérée, j’ai trainé mon sac à dos de l’ile de Pâques au Mozambique, en passant par la Jordanie, la Mongolie ou la Bolivie.

Après le chemin de l’exil, celui de l’école

Aux portes de Paris, à Saint-Denis (93), l’école Thot a mis au point un enseignement à destination des exilés, qui mêle cours de langue et accompagnement social, culturel et professionnel.

Quand je vois cette oeuvre, j’ai envie de sourire. Je la trouve douce », articule lentement Mohamad Moussa, devant une photo de La Joconde. Le Tchadien de 24 ans est arrivé à l’école Thot de Saint-Denis, il y a cinq mois, en ignorant tout de l’alphabet latin. Aujourd’hui, il copie consciencieusement ses réponses. « On ne s’en rend pas compte parce qu’on baigne dedans depuis toujours, mais notre façon d’enseigner et d’évaluer est hyper formatée. En plus de la langue, il y a tout un tas de codes à intégrer », explique Karine Richarme, professeure de français langue étrangère (FLE).

Thot, du nom de la divinité égyptienne du savoir, est l’une des rares associations d’Île-de-France à préparer les demandeurs d’asile et réfugiés aux diplômes de français, à travers des programmes intensifs et gratuits.

Lire la suite ci-dessous (article publié dans La Vie du 30/05/2019)

Justine Hugues Thot La Vie

“Les grâces passent entre les religions”

© Robert Kluba/ Réa pour La Vie

Depuis 2008, le Groupe d’amitié islamo-chrétienne organise une marche vers Chartres au printemps. Retour sur cette initiative qui fait écho à la nécessaire (re)construction d’une société ouverte et solidaire.

« Je ressentais le besoin de nous rassembler sur le temps long, autour de moments spirituels », se remémore Khaled Roumo, à quelques jours du départ, le 28 avril. C’est en 2007 que le poète et chercheur d’origine syrienne, encouragé par Norbert Ducrot, ex-président du Mouvement international des responsables chrétiens, et Hubert de Chergé, administrateur du Groupe d’amitié islamo-chrétienne (Gaic), a l’idée de lancer un pèlerinage vers Chartres, qui réunirait chrétiens et musulmans. Depuis lors, ce rassemblement, organisé dans le cadre du Gaic, réunit chaque année une centaine de pèlerins, catholiques et musulmans pour la très grande majorité, juifs et protestants dans une moindre mesure.

Sous le regard de Marie-Maryam

Le programme commence par une marche de 10 km au départ de Saint-Prest (Eure-et-Loir). « C’est sans complexe que l’on aborde des personnes que l’on ne connaît pas, et avec joie que l’on retrouve les participants des années précédentes », s’enthousiasme Hubert de Chergé. Lors d’une pause à mi-parcours, bercés par le bruit du cours d’eau qu’ils longent pendant près de deux heures, les pèlerins récitent des prières de l’Évangile et du Coran. 

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À Lyon, des Escales solidaires pour créer du lien et favoriser l’insertion

© Habitat et Humanisme

Dans les 3e et 6e arrondissements lyonnais, deux espaces accueillent les riverains autour de tables solidaires et ateliers d’accompagnement socioprofessionnel. Objectif : incarner le mot « mixité ».

« Partage et convivialité », peut-on lire en grosses lettres bleu roi sur la devanture. En jetant un œil curieux à l’intérieur, depuis la rue Tronchet du sixième arrondissement lyonnais, canapés colorés et plantes touffues, baignés dans la lumière chaude de suspensions en verre, nous invitent à entrer. Bienvenue à l’Escale solidaire du 6 ! Tous les « passagers » sont invités à descendre et prendre le temps d’échanger.

Imaginé par la branche rhodanienne de l’entreprise sociale Habitat et Humanisme, l’espace, inauguré en avril 2018, « vise à donner aux résidents de notre parc immobilier une place dans la société, qui va bien au-delà d’un endroit où dormir au chaud », selon Matthieu de Châlus, directeur général d’Habitat et Humanisme Rhône. Le tiers-lieu rejoint ainsi sa sœur ainée, l’Escale solidaire du 3, qui a ouvert ses portes il y a plus de 20 ans dans l’arrondissement voisin. « Derrière le mot escale, il y a l’idée d’un endroit où l’on vient se ressourcer, où on a toujours pied sur des mers agités et d’où l’on repart à l’aventure dans son chemin d’insertion », souligne le trentenaire.

D’après un rapport de la Fondation de France, 5 millions de personnes sont seules dans l’Hexagone et un Français sur 10 se sent exclu, abandonné ou inutile. L’Escale solidaire serait-elle la première marche pour sortir de l’isolement ? C’est en tout cas ce qu’ambitionnent la poignée de salariés et la centaine de bénévoles mobilisés sur le projet.

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Françoise Malby-Anthony, un éléphant dans sa cuisine

Expatriée en Afrique du Sud depuis plus de 30 ans, Françoise Malby a co-fondé et gère actuellement la réserve animalière Thula Thula. Elle est l’auteure du roman An elephant in my kitchen, best seller en Afrique du Sud, dans lequel elle retrace sa vie et son combat contre le braconnage.    

Londres, 1987. Françoise, dossiers à la main, saute de taxi en taxi lorsque son chemin croise, complètement par hasard, celui de Lawrence Anthony, homme d’affaires sud-africain qui deviendra son mari. Qui aurait cru que 32 ans plus tard, elle soit à la tête d’une réserve animalière en pays zoulou, terre mystique entre le Lesotho et le Swaziland ? Pas même elle. « Je suis partie à l’aventure et arrivée à Durban sans vraiment savoir ce que j’allais faire », se remémore la Française de 64 ans. 

Celle qui a gagné l’Afrique par amour nourrit alors peu à peu son amour de l’Afrique. Un temps professeur à l’Alliance Française, elle monte sa marque de vêtements, sacs et accessoires en peau, dans un pays ou l’activité de tannage est balbutiante. En 1998, Lawrence lance au couple un défi fou : acheter une réserve à l’abandon, Thula Thula,  et en faire un havre de pays pour animaux menacés d’extinction. 

Une vision et rien d’autre

« Mon mari était un visionnaire. Il avait de grandes idées, sans le plan qui va avec. Moi, j’étais partante mais loin d’imaginer ce qui m’attendait » raconte-t-elle. Dans leur nouveau domaine, où galopent quelques antilopes au milieu d’infrastructures vétustes, les petits tracas et grands défis s’accumulent. Quand le matin, une souris et un serpent tombent sur sa cuisinière, l’après midi, c’est le troupeau d’éléphants fraîchement débarqués qui s’échappe. Françoise, la citadine parisienne, peine à s’habituer à l’isolement. D’autant plus que le braconnage montre son plus violent visage. 

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Anna Godefroy fait sortir de l’ombre les recycleurs de Vancouver

Anna Godefroy entourée des binners du projet © Lani Brunn

Etablie à Vancouver depuis plus de 4 ans, Anna Godefroy a monté un projet de développement socioéconomique avec les « binners », recycleurs de rue précaires et encore stigmatisés dans l’une des villes les plus prospères du Canada.

La moitié du crâne rasé sous de longs cheveux blonds. Le regard bleu perçant.  Face à elle, on se sent tout petit et on essaie, tant bien que mal, de ne pas se laisser submerger par un flot de paroles continu. « Désolée, je ne fais que parler », s’excuse-t-elle en souriant. Depuis son arrivée à Vancouver « un peu par hasard » il y a cinq ans, Anna a bâti un empire…sur des déchets.  

« Je voyais des hommes et des femmes pousser des caddies toute la journée » 

Vancouver, verte, immaculée, organisée, fonctionnelle. « On se croirait un peu dans The Truman Show », ironise Anna. Au centre-ville, le vilain petit canard, « Downtown Eastside », est gangrené par la précarité, la drogue et la prostitution. « C’est un visage de la pauvreté complètement différent de celui qu’on connait en Europe », raconte Anna. Je voyais des hommes et des femmes pousser des caddies toute la journée, avec du verre et du plastique dedans ».  Bienvenue au royaume des « binners », ces recycleurs de rue qui tentent de survivre grâce aux revenus générés par le retour des consignes et la revente de matériel à recycler. 

Alors qu’Anna rédige des articles pour le journal « The Source », elle fait la connaissance de Ken Lyotier, un recycleur connu comme le loup blanc pour avoir créé un dépôt de bouteilles. Ambitionnant de créer un mouvement national des binners, il convainc Anna d’embarquer dans l’aventure. «  J’ai toujours été sensible aux droits de l’Homme et à la justice sociale. Mais au début, on ne savait clairement pas où on allait » se souvient la Française.  Alors que Ken lui refile le bébé au bout de quelques mois, Anna et Gabby Korcheva lancent une série de consultations auprès des binners. Leur objectif ? Créer une structure qui pourrait à la fois lutter contre la stigmatisation dont les recycleurs sont victimes et pérenniser leurs revenus. 

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Renaud Egreteau : l’histoire politique birmane expliquée de A à Z

Renaud Egreteau Birmanie
© UEC August 2015

Au royaume de la recherche universitaire française en Asie du Sud-Est, Renaud Egreteau fait parfois figure d’électron libre.  Son analyse critique des mouvements démocratiques birmans, dont la NLD, lui a également valu les foudres d’une organisation de défense des droits de l’Homme ayant pignon sur rue. Pourtant, ce jeune chercheur français est l’un des rares à étudier en profondeur ce qui se joue actuellement à l’intérieur des institutions birmanes à l’école de la démocratie. Le tout avec une pédagogie déconcertante pour des non initiés s’étant parfois cassé le nez sur des ouvrages difficiles d’accès.

Tout d’abord, revenons au commencement : votre rencontre avec la Birmanie. D’où vient votre intérêt pour ce pays qui occupera une place centrale dans votre vie de chercheur ?

J’ai découvert l’Asie pendant mon enfance, grâce à plusieurs voyages dans la région : Chine à la fin des années 1980, Japon, Sri Lanka, Inde, et Thaïlande au début des années 1990. Lorsque j’ai entamé mes études supérieures à la fin des années 1990, j’ai cherché à étoffer mes liens avec l’Asie et entamé à Paris un cycle à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO). Je me suis d’abord tourné vers l’Inde et sa langue majoritaire, l’Hindi. Puis, alors que je poursuivais mon cursus universitaire à Sciences Po Paris, une discussion avec l’enseignant qui allait devenir mon directeur de thèse, m’orienta vers l’étude des relations diplomatiques entre l’Inde et la Birmanie au tournant des années 2000. J’ai ainsi commencé l’exploration des territoires birmans à partir du sous-continent indien auquel la Birmanie doit tant de ses institutions politiques et traditions culturelles ou religieuses, et non de la Thaïlande et l’Asie du Sud-est, à l’instar de beaucoup de mes collègues. Depuis, tant mon parcours professionnel que personnel gravite autour de ce pays. 

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