Insolites metiers de rue

Du vieil homme qui appuie sur le bouton de votre ascenseur à longueur de journée au vendeur d’oiseaux, en passant par l’écrivain de rue ou le nettoyeur d’oreilles ; vous vous êtes certainement déjà interrogé sur le quotidien de ceux qui exercent ces métiers improbables. Accompagnée d’une infiltrée birmane en un samedi de mousson ordinaire, j’ai pris le temps de m ‘asseoir aux cotés de trois d’entre eux.

A Sule pagoda, U Kyaw Thein vous aide à maitriser votre courbe de poids
Il y a cinq ans, afin de financer les études de l’un de ses trois enfants voulant entrer dans la marie marchande, U Kyaw Thein et son épouse ont du dire adieu à la petite boutique de photocopies qu’ils avaient tenue pendant plus de trente ans. A la place ; elle se lance dans la vente de tabac /bétel alors que lui fait l’acquisition d’un pèse personne. Assis sur son minuscule tabouret en plastique, il attend désormais les clients de 6h à 16h, à deux pas de la bien connue Pagode Sule. Justement qui sont ses clients ? Des marcheurs matinaux aux touristes amusés, la gamme est variée. Mais le tarif lui, reste le même pour tous : 100 kyats, avec en prime, un grand sourire rouge sang. Smart phone en poche, et journal à la main, U Kyaw Thein est la simplicité incarnée. Il nous montre les photos de ses enfants devenus adultes et nous détaille fièrement les salaires de chacun d’entre eux. Une montagne à côté de sa maigre pitance, qui ne dépasse guère les 3000 kyats par jour. Or, malgré les remontrances de ses enfants qui, maintenant capables de l’entretenir à leur tour, voudraient le voir arrêter, U Kyaw Thein reste fidèle au poste, sauf les jours de forte pluie. Ici, dans la rue, il a son monde : l’officier de police qui recharge son téléphone, le va et vient incessant des bus bruyants, et les « joggeurs » birmans. Tout cela vaut bien mieux que « s’ennuyer » tout seul à la maison.

Créer vos invitations de mariage sur Merchant Street avec un ancien militaire

Troquer son uniforme de soldat pour une machine à écrire ; tel est le choix qu’ U Kyaw Win a fait il y a vingt ans. Depuis, il est l’un des quelques écrivains de rue qui subsistent encore dans le centre ville, malgré le développement récent des cyber cafés et l’arrivée des PC dans grand nombre de bureaux. Jetez un œil à votre bail locatif ; il a très certainement été écrit par U Kyaw Win ou l’un de ses compères. Un fond aux motifs violets et aux fiers « chinthe » (créatures divines aux airs de simili lions qui trônent à l’entrée des pagodes au Myanmar), 5 articles sur deux pages, lesquelles auront couté environ 5,000 kyats à votre agent immobilier. Accrochés au bureau, des contrats en anglais et chinois. Certainement pour appâter le client car la machine, véritable relique, ne sait imprimer autre chose que des caractères birmans. U Kyaw Win partage sa machine à écrire avec sa jeune voisine Ei Mon Khine, quand bien même les clients ne se bousculent au portillon. 10 minutes par document, environ 3 dois par jour ; la tranquillité de leur métier n’a pas l’air de les déranger. Vers 16h, il sera temps de mettre leur matériel à l’abri dans une « vraie » boutique d’un commerçant attenant, avant de recommencer le lendemain leur besogne d’écrivain public.

Bloqués dans les embouteillages du centre ville ? Faites une pédicure express sous le pont de Pansodan
Alors que vos amis paient des fortunes pour se faire une beauté dans les Instituts de l’Hexagone, vous pouvez vous faire masser et couper les ongles des pieds pour moins d’un dollar. Il suffit pour ce faire de vous rendre sous le pont de Pansodan Street, tout près de « Ruby mart » et vous n’aurez que l’embarras du choix. Une dizaine de « nettoyeurs d’oreilles » et autres « cureurs de pieds », hommes et femmes, s’attèlent à la tâche et aucune place n’est libre en ce samedi après midi. Ma Sint, 48 ans, exerce le métier depuis qu’elle en a 14. Une vieille de la vieille qui répond avec enthousiasme à nos questions, en gardant néanmoins un œil attentif au pied de son client. Cette birmane énergique et mère de quatre enfants a noué des liens étroits avec un grand nombre de ses clients. Ici, sous le pont, elle est connue comme le loup blanc et elle est intarissable sur les différentes facettes de son métier. Certaines femmes font appel à ses services, quand des insectes se sont sournoisement coincés dans les oreilles de leurs enfants. Des hommes en demande de pédicure aussi, puisque la plupart se voient refuser l’accès aux salons de beauté plus classiques, lesquels sont en général exclusivement réservés à la gente féminine. Selon Ma Sint, le métier a été créé il y a plusieurs décennies déjà, par mimétisme envers l’expertise de quelques chinois. Aujourd’hui, il n’y aurait qu’un autre endroit similaire dans le centre ville : les 29ème et 30ème rues, à destination des clients musulmans. Ma Sint gagne entre 20,000 et 25,000 kyats par jour, en travaillant de 9h à 17h , sept jours sur sept. Malgré les années de labeur, elle semble ne garder que de bons souvenirs de ses journées ; l’essentiel étant pour elle que la clientèle reparte satisfaite. Cela semble être le cas de ce chauffeur de taxi qui, les ongles des pieds coupés, remonte dans sa Probox garée sous le pont, à quelques centimètres à peine du stand de Ma Sint. Elle range alors ses outils : une dizaine de limes et ciseaux, un étrange « acier-tige », (cousin du coton tige) réutilisable pour nettoyer les oreilles, beaucoup de désinfectant, aussi. Puis elle attend sereinement son prochain client, avec qui la bavarde qu’elle semble être pourra discuter famille et actualité.

Le centre-ville de Yangon héberge définitivement des activités insoupçonnées.

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