Bons baisers de Polynésie

Nous sommes le 1er mai, il est 17h quand nous quittons – un peu tristement- Auckland.

Nous sommes le 1er mai, il est minuit quand nous arrivons –très chaudement- à Papeete, soit dix sept heures avant d’être parties.

Un bond en arrière de 22h, un premier mai sans fin, une terre francophone et française après huit mois de baroudage, des paysages carte postale et une nouvelle passion pour les fleurs. Retour sur une semaine tahitienne bien remplie.

L’ile de Tahiti, entre lagons, tatouages, surfeurs et embouteillages

Vai Hi, l’une des meilleures amies de Marie, est d’origine tahitienne et n’ayant pu venir nous rejoindre, elle nous a mis en contact avec sa famille. Notre bonne étoile veut que l’on soit dans le même vol que son père, Olivier, avec qui on fait connaissance dès Auckland. A l’arrivée à Papeete, nous accueillent une chaleur écrasante malgré l’heure avancée de la nuit, ainsi qu’un petit groupe musical, qui n’attend plus que nous pour pouvoir aller se coucher. En revanche, aucun collier de fleur ne semble disposé à vouloir venir se pendre à notre cou, contrairement à ce qu’on imaginait comme une tradition indérogeable. Restrictions budgétaires obligent, cela fait quelques années que les touristes n’y ont plus droit. Sur la route qui nous amène à la maison, je regarde défiler les panneaux en français, les supermarchés Carrefour et Casino et les voitures de la police nationale, comme je le faisais, émerveillée, face aux temples en Asie :p Et le lendemain, je suis encore plus émerveillée en découvrant, au réveil, que l’endroit où je loge a les pieds dans un lagon turquoise et la tête dans les cocotiers.

Nous passons les deux premiers jours en compagnie d’Olivier et de ses adorables femme et enfants, à barboter dans une eau incroyablement transparente et à faire le tour de l’ile. 120 km de route longeant la mer, et au centre des collines envahies par une végétation luxuriante, colorée et odoriférante. Tipaniers (connus comme les frangipaniers de Tahiti), bougainvilliers, gardénias, tiaré, oiseaux du paradis ; à chaque jour sa leçon de botanique pour nous pauvres néophytes. Il n’y a qu’une seule route principale reliant Papeete, la ville principales, aux autres « agglomérations » (qui ne dépassent pour la plupart les quelques milliers d’habitants) de l’ile, si bien que dès 5h du matin, une file géante de voitures roule au pas, avec à leurs bords, des tahitiens qui, comme Olivier, pestent certainement sur l’immobilisme d’autorités politiques locales corrompues et inefficaces. Et pour quiconque voudrait s’aventurer dans le centre de l’ile, il lui faut passer par une agence organisant des tours en 4×4, puisqu’il n’y a aucune route goudronnée. Les tarifs à trois chiffres en francs pacifiques de tous les biens et services ayant eu raison de notre budget dès les premières quarante huit heures, nous nous contenterons de regarder les brochures, de même que pour une éventuelle virée dans d’ autres archipels de la Polynésie française. Cette dernière est en effet constituée de cinq archipels, et Tahiti n’est qu’une goutte parmi 120 iles et atolls, incluant ceux dont la seule évocation prête eu rêve (Bora Bora, les marquises…). Sauf que pour se rendre dans les îles des rêves et des magazines narguant les métropolitains à coups de photos de bungalows en pilotis au milieu d’une eau bleue fluo, il faut parfois faire plus de 3h d’avion depuis Papeete et payer plusieurs milliers d’euros pour un court séjour. Je garde donc cela pour ma lune de miel avec le milliardaire qui sera mon époux (et qui ne le sait pas encore).

Le dimanche matin, Timeri, la mère de Vai Hi, et Georges, son beau père, viennent nous chercher à 7h pour nous emmener au marché. Loin d’être les premiers, nous nous retrouvons au milieu d’une foule dense de locaux sur le qui vive depuis 5h, en quête des ingrédients nécessaires à la préparation du repas/banquet du midi. Sur les étals, avec les poissons perroquet multicolores, nous avons un aperçu de ce qui nous attendra à Moorea. Et nous sourions en passant une première fois devant des couronnes de fleurs, avant de nous retrouver, une heure plus tard, avec deux énormes spécimens sur la tête. Loin d’être un apparat à touristes, c’est ici un accessoire que toutes les « vahinés » (terme qui désigne les femmes en tahitien ; autant dire qu’on se sent jolies et flattées la première fois que l’on voit cela sur un écriteau en allant aux toilettes) portent, tant pour aller faire leurs courses que pour diner au restaurant ou sortir dans un bar. Ce qui est étonnant, c’est que la couronne rallie toutes les générations, de l’adolescente à la grand-mère et que même les métropolitaines ne sont pas dévisagées avec ça sur la tête (quand bien même elles l’aiment tellement qu’elles la gardent un peu fanée, au grand damne des ylang ylang qui commencent clairement à faire la tronche :p). Le port de la couronne est agréable mais un peu enivrant et on a parfois l’impression, le soir venu, d’avoir passé sa journée à Sephora alors qu’on a seulement marché dans la rue ou regardé la télévision. Le soir, on la range sagement dans le bac à légumes du frigo et on est impatient de la retrouver le matin au réveil, comme un enfant sortant de sa chambre un 25 décembre.

Quoiqu’il en soit, avant de me perdre dans des considérations passionnées au sujet des couronnes de fleurs, j’en étais au marché et à la préparation du « ma’a tahiti ». Alors que j’observe Timeri qui remplit frénétiquement son cabas comme si elle devait préparer une semaine de repas pour cent militaires, je tente de retenir le nom de tous les légumes et tubercules qui s’y accumulent. Puis c’est l’heure du cours de cuisine tahitienne,et du banquet au cours duquel nous nous délectons de poisson cru à la noix de coco, de potée de porc au chou, de patates et bananes sous toutes leurs variétés et coutures, de manioc et fruit de l’arbre à pain, le tout arrosé d’Hinano, la bière locale que nous avons déjà adoptée, tant pour son goût que pour son logo : une tahitienne fleurie des pieds à la tête, assise en tailleur (logo que j’aime presqu’autant que ma couronne réfrigérée).

L’autre hobbie du tahitien le dimanche c’est le surf. Là aussi, ce sport unit les cheveux blonds les cheveux gris (vivement que mon tour du monde se termine, je me mets à citer du Sardou dans mon blog) et la qualité des vagues de l’ile en fait un spot internationalement fréquenté par les plus grands surfeurs professionnels. Timeri, Georges et Olivier le pratiquent ou l’ont pratiqué pendant de longues années et c’est comme cela que je me retrouve paumée dans une conversation d’un autre monde, parlant de « rollers », de « cut back » et de « tubes ». Ma seule expérience en la matière, c’était en stage UCPA il y a quinze ans, où au bout d’une semaine, j’arrivais laborieusement à tenir quelques secondes debout sur la planche. Je tombe donc en complète admiration devant ces « tane » (hommes) et « vahine » (femmes, pour ceux qui ont suivi) qui semblent flotter sur l’eau avant de disparaître sous des creux de plusieurs mètres. D’autant plus qu’ils ont une carrure à la hauteur des figures qu’ils réalisent et ont presque tous de magnifiques tatouages, autre pratique polynésienne répandue. Inutile de dire que pendant tout mon séjour tahitien, je parle à Marie de me mettre au surf et me faire tatouer, et que je finirai par me convaincre que le footing c’est bien aussi et que de toute façon d’ici dix ans, j’en aurai déjà marre de cohabiter avec une fleur ou un symbole sur mon avant bras.

 

Mordue par une raie à Moorea

Moorea est une ile de l’Archipel de la société, située à une vingtaine de kilomètres de Tahiti. Elle est deux fois plus petite que sa consoeur et a la forme d’une patte de dinosaure. Olivier étant en congés pour quelques jours, il nous y accompagne et nous prenons l’un des premiers ferrys, à 7h. Entre la chaleur, le soleil matinal et le bruit des vagues, il est de toute façon difficile ici de dormir après 6h le matin (triste sort que celui des voyageurs en Polynésie). A peine débarqués, on monte sur un autre bateau, celui d’Effara, ami d’Olivier, pour une excursion en mer de plusieurs heures. Le temps est superbe et nous permet d’apprécier la couleur des lagons, encore plus éclatante que sur les côtes tahitiennes. Rejoignant un bateau de plongeurs un peu plus au large, Effara se met à discourir sur les requins et ce que l’on prend pour une blague (il n’a pas arrêté d’en faire jusqu’alors) est en fait vrai et on se retrouve assez rapidement entourés de petites nageoires noires. A ce moment, tout le monde met ses palmes et saute joyeusement à l’eau et avec Marie de nous regarder, médusées, avant de rejoindre le groupe. Les requins à pointes noires ont beau être relativement petits et dits inoffensifs pour l’être humain, je ne peux m’empêcher de battre des pieds et des mains comme une personne proche de la noyade lorsqu’une des bêtes franchit ce que j’ai défini comme mon périmètre de sécurité. Bientôt, ils sont une vingtaine à nager autour de nous et c’est assez incroyable comme sensation. En remontant sur le bateau, tout le monde sourit bêtement et regrette d’avoir toujours considéré les appareils photos allant dans l’eau comme des gadgets inutiles.

Puis c’est l’heure d’aller rendre visite aux raies, en emportant derrière nous, sans le savoir, une partie du groupe des gentils requins. Effara connaît tellement bien les lagons et ses habitants qu’il a même apprivoisé un petit groupe de raies et leur a donné des prénoms. Stéphanie et Justine étant les plus sociables, elles viennent se frotter contre nous et c’est assez étrange. On les caresse comme des animaux domestiques et l’amitié raies-touristes est presque celée jusqu’à ce que j’aie le malheur de laisser tomber ma main au dessous de la surface et que Stéphanie (certainement jalouse du lien particulier entre « Justines ») en profite pour croquer quelques une de mes phalanges. Plus de peur que de mal. Je remercie le dieu marin de ne pas avoir fait naitre Stéphanie requin…

Dans les lagons autour de Moorea, il y a pléthore de coraux, et partant, une faune aquatique diversifiée. Suivis à nouveau par quelques requins et raies (quelques heures d’excursions en plus et notre bateau pourrait être renommé L’arche de Noé), on explore avec masques et tubas les fonds marins et y croisons des poissons perroquets, concombres de mer, oursins, autres poissons oranges aux contours des yeux bleu pétrole, qui semblent tout droit sortis d’un dessin animé et qui jouent à cache cache avec nous. On part ensuite à la recherche de dauphins, que nous ne trouverons malheureusement pas. On se console avec l’observation d’un surfeur jouant avec d’énormes vagues, avant de rater un coucher de soleil pourtant prometteur et d’admirer une nature encore plus sauvage et préservée qu’à Tahiti.

 

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