Mes adieux à la Nouvelle-Zélande dans l’extrême nord

Au programme des derniers jours : cours d’histoire et bain de culture maorie

Alors que parents et frère viennent de partir pour 456789 heures d’avion et que Marie coule des jours paisibles dans l’île du sud, je prends la route pour le « far north », le bout du bout de l’ile du nord. Cette région est boudée par les touristes étrangers, et seuls 20% d’entre eux s’y aventurent (donnée petit futé = véracité hautement contestable). Non pas qu’elle soit infestée de maoris à machettes et serpents venimeux ; seulement elle est éloignée des autres principales attractions du pays et sa visite implique de revenir sur ses pas, le long de routes pas connues pour être les mieux entretenues du pays.

Ayant laissé Starkiwi aux mains de Marie qui s’acharne à essayer de lui trouver un acheteur, je loue pour quelques jours une voiture « économique », comprendre rouillée et cabossée et émettant des bruits suspicieux qui me font, au début, m’arrêter toutes les vingt minutes, ou monter le son de la radio, au choix. Destination Russell, siège de la plus ancienne colonie européenne et capitale du pays jusqu’en 1865. En théorie, selon ma carte d’un mètre carré (qui se replie en une demi heure seulement) et mes calculs savants, je devrais y arriver en quelques heures. En pratique, je loupe magistralement l’embranchement et me retrouve cinq heures plus tard, sur une route de terre pendant des kilomètres, en ne croisant aucune âme qui vive. Alors que la nuit tombe, j’entre enfin dans ce qui était au début du 19ème siècle un lieu de débauche pour les colons, où l’alcool coulait à flots, l’ivresse déliait les gâchettes et les mœurs, à tel point que plus aucun marchand n’osait s’y aventurer et que la Couronne Britannique dut intervenir à plusieurs reprises. Aujourd’hui, quelques agents de voyage et tenanciers d’hôtels ont remplacé les brigands et ce gros bourg est bien paisible. Je cherche désespérément une auberge, avec l’aide d’une gentille maorie qui n’avait rien demandé à personne mais qui s’entête à retrouver le propriétaire du seul « backpackers » de la ville. Moult coups de fils infructueux plus tard (ledit propriétaire est certainement en train de boire des bières en ce long week-end de commémoration de l’ANZAC), elle me conseille de prendre le ferry pour rejoindre Pahia, ville de l’autre coté de la « baie des iles », qui se veut plus jeune et touristique. A peine embarquée in extremis sur un tout petit ferry qui ne peut contenir que quelques véhicules, celui-ci part et je passe la traversée à me demander à quel moment l’on va se renverser. C’est maintenant sérieusement la tempête et je passe ma première soirée en solo dans une auberge quasi déserte, à regarder un film coréen avec un grec qui me parle méditation.

Le lendemain, c’est sous un déluge persistant que j’entame la visite du « Whaitangi Treaty grounds », lieu où a été signé l’accord historique entre chefs maoris et Couronne Britannique, berceau en quelque sorte de la nation néo-zélandaise moderne. D’une manière générale, cette région nord du pays est historiquement importante puisque c’est là que Kupe, célèbre navigateur polynésien, découvre officiellement le territoire en 925, et que des décennies plus tard, les européens y débarqueront lors des premières missions d’exploration. Je me laisse convaincre pour prendre la visite guidée malgré mes doutes sur ma capacité à en comprendre l’intégralité (il va sans dire que l’accent dans cette partie du pays est l’équivalent anglais du chti français). Evidemment, je suis un peu larguée et quand je comprends enfin que mon guide parle de « british » et non de « bush » (ça me semblait étrange aussi que l’on me parle d’anciens présidents américains ou de la savane dans un cours accéléré de colonisation britannique!), il est complètement passé à autre chose et explique maintenant comment les maoris construisaient des canoës de guerre. Mon guide est maori et arbore fièrement son lien de sang avec les protagonistes de la signature du traité quelques 175 ans plus tôt. Ce traité, qui était un grand succès pour la Couronne y ayant vu le moyen de légitimer sa présence sur l’ile et de faire accepter officiellement le mode de gouvernance britannique aux maoris; est en revanche plus contesté par ces derniers. En effet, les maoris se sont, dès lors, sentis lésés et dépossédés de leur terre et souveraineté sur leur territoire, d’autant plus que les versions anglaise et maorie qui ont été signées diffèrent sensiblement. Mes efforts de concentration intense paient et je finis par ne plus être la dernière à rire aux blagues de notre guide, refilant le bonnet d’âne à deux autres français. Je me serais bien passée du folklore du traditionnel « haka » qui clôt la visite mais je dois dire que je suis assez subjuguée par la capacité des danseurs déguisés en guerriers à révulser leurs yeux et tirer la langue. Même mes plus belles grimaces face à l’appareil photo ne donnent pas un résultat aussi amusant 🙂

Le soleil brille à nouveau et je continue ma route vers la pointe de l’ile, ne manquant pas de faire un grand détour pour aller voir la plus ancienne maison de Nouvelle-Zélande. Quelle n’est pas ma déception à l’arrivée. Alors pour me consoler, je me délecte du spectacle d’un groupe de chinois qui menace cette pauvre maison de pierres de leurs flashs et téléobjectifs. Il ne s’agit que d’une petite maison qui ressemble à celle de ma grand mère en Normandie. Pas de quoi en faire des tonnes et encore moins payer 10 dollars pour en visiter l’étage.  Je passe la nuit dans une auberge en bord de mer, perdue au milieu de nulle part. Elle m’offre un spectaculaire coucher de soleil et quelques compagnons thaïlandais, qui me proposent, à 7h du matin, de partager leur petit déjeuner composé de hamburgers, steaks, épinards et œufs (ouf, mon « poissontarisme » a parfois du bon !).

Au bout du bout de l’ile du nord, il y a le Cape Reinga, terre maorie sacrée, qui serait le dernier lieu visité par les esprits après la mort, avant de partir pour une vie éternelle ailleurs, dans l’au delà, ou en Australie par mauvais temps :p. Peu de personnes s’y rendent, kiwis et touristes confondus et en traversant les paysages toujours aussi verts mais de plus en plus déserts, écoutant sans rien comprendre, la radio en maori (la seule que je capte), Auckland me paraît tellement loin ! Outre être un endroit chargé de symboles, le Cap Reinga est aussi celui où océan pacifique et mer de Tasmanie se rejoignent, le premier représentant, dans la légende, la force de l’homme et la seconde, la douceur de la femme. Depuis le phare qui surplombe le cap, on assiste effectivement au spectacle magique des vagues en sens contraires qui se heurtent, formant, avec fracas, une écume épaisse. Alors que je suis en train de lire un panneau sur les légendes maoris autour des sources, que le ciel est bleu à perte de vue et qu’il n’y a qu’un nuage ridiculement petit au dessus de moi, des trombes d’eau se mettent soudain à me tomber sur la tête. Ma spiritualité comprend qu’elle doit y voir un signe; mais elle est trop ensommeillée en ces heures matinales pour en saisir le sens. Et mon Kway oublié dans la voiture, lui, glousse sans vergogne.

J’ai beaucoup de mal à décoller et flâne pendant un long moment le long de la côte, avant que les premiers touristes ne viennent s’immiscer dans la grande conversation que j’ai avec le phare (voyagez seul/e quelques jours, vous deviendrez fou/folle). Sur le parking, je croise un vieux monsieur maori au visage entièrement tatoué, sortant du coffre de sa voiture, des bâtons au bout desquels flottent des rubans. Je me risque à lui demander, dans mon plus bel et respectueux anglais, ce qu’il compte en faire, mais je ne comprends malheureusement que quelques bribes de sa réponse. Trop décousues pour reconstituer une histoire qui tienne debout, je m’amuse à en inventer une, sur le chemin du retour, avant de m’arrêter marcher un moment dans les dunes géantes de Te Paki. Après la Bretagne et le pays Basque, la Nouvelle-Zélande prend cette fois des airs de Mongolie ou d’Afrique de l’ouest. Du sable à perte de vue sur plusieurs centaines de mètres ; je passe quelques collines, ralentie par le vent qui me fouette le visage et surplombe alors la mer de Tasmanie et « ninety mile beach », une plage bordant toute la côte ouest, baptisée ainsi du fait de sa longueur. Beaucoup de personnes parcourent cette plage en voiture et le décrivent comme une expérience inoubliable. Cependant, vu ma compréhension avérée du fonctionnement des marées et ma maitrise des manœuvres automobiles dans l’éventualité où je me retrouverais ensablée, je choisis sagement de prendre la route goudronnée qui offre, elle aussi, de bien jolis panoramas.

Ces quelques jours dans le grand nord ont été plus dépaysants que les deux mois précédents passés dans le pays, peut être parce que j’étais seule et que ça ne m’arrive pas souvent, ou parce que c’est une partie du territoire plus atypique, plus maorie, plus pauvre sous certains aspects, et beaucoup moins touristique c’est incontestable.

 

Bye bye Kiwiland !

C’est avec une pointe de tristesse que je quitte aujourd’hui la Nouvelle Zélande pour de nouvelles aventures polynésiennes. Bien que je n’aie été des plus loquaces sur la toile au cours des onze semaines passées ici, ce pays vient sans conteste se classer parmi mes coups de cœur du voyage.

La Nouvelle- Zélande, c’est des paysages grandioses et incroyablement variés à chaque virage, c’est des volcans, des glaciers, des plages de sable blanc et des mers turquoises qui cohabitent dans le même petit territoire, c’est des moutons, des moutons et des moutons qui broutent une herbe brillante, laquelle semble ne pas s’en offusquer et continuer de briller, c’est des colonies de vaches qui sont copines avec les moutons et qui attendent de voir passer les trains, c’est des décors de cinéma où les effets spéciaux semblent ne pas avoir été créés en studio mais exister à l’état naturel, c’est des sauts à l’élastique, en parachute, du parapente, des bateaux qui frôlent à toute vitesse les parois des canyons et font des 360 degrés, vous laissant trempés mais ravis, c’est Chloé, Julien, Sandi, Marie, Lisa et Stephanie avec lesquels on a partagé un paquet de fous rires, nuits en camping et cris d’admiration. C’est les kiwis (les oiseaux) qu’on n’a pas vus. C’est les généreux rayons de vins des supermarchés qui m’avaient manqué. C’est ma famille qui a parcouru des milliers de kilomètres pour venir me voir. C’est un monde de bisounours où l’on ressent un sentiment de sécurité et de sérénité indescriptible. C’est une Justine plus optimiste, plus anglophone et moins autophobe que vous retrouverez en rentrant.

Et puis, surtout, c’est les kiwis (pas les oiseaux), qui sont un modèle de gentillesse, de générosité et de bienveillance que vous ne trouverez nulle part ailleurs. Des gens qui vous ouvrent leur porte, vous offrent un toit, vous invitent à diner et se plient en quatre pour vous, sans même vous connaître. Des employés de stations service qui quittent leur poste pendant vingt minutes et ne vous quittent pas avant de vous avoir remis sur le bon chemin. Des conducteurs de bus qui vous demandent si vous allez bien aujourd’hui. Des sourires, beaucoup de sourires. Des « amazing », « sweet », « lovely » qui fusent sans cesse. Des ouvriers de voirie qui vous font de grands bonjour quand vous passez à côté d’eux. Des vendeurs qui vous courent après dans la rue si vous oubliez votre monnaie. Bref, des gens en or. Alors certes, La Nouvelle Zelande se mérite, vous y laisserez beaucoup de patience perdue en heures d’avion et d’escale, beaucoup de dollars de votre portefeuille dans des îles tellement isolées du reste du monde que tout y est hors de prix, mais c’est de loin l’un des plus beaux investissements touristiques, que vous ne regretterez pas  <3

2 thoughts on “Mes adieux à la Nouvelle-Zélande dans l’extrême nord

  1. Tout s’est bien passé avec ton tas de rouille roulant finalement ? Y compris pour le rendre ?
    Bisous.

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