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A Rapa Nui, la chasse aux oeufs est ouverte

Alors que nous avons dormi comme des reines dans l’avion qui nous emmène de Papeete à l’ile de pâques (une attention parmi tant d’autres de la famille de Vai Hi), nous voici sur le tarmac de l’aéroport Mataveri. Il n’y a qu’un seul avion, le nôtre, qui parait incroyablement grand et que tout le monde (dont moi- je ne sais pas très bien pourquoi) prend en photo. Quelques minutes à discuter en espagnol avec l’agent de l’immigration suffisent à me dessiner un sourire jusqu’aux oreilles et j’ai l’impression d’être accueillie comme à la maison.

Des Moai, des chevaux, des empanadas.

A peine installées dans notre adorable camping avec vue sur mer, nous retrouvons Emilie et Simon, couple de français rencontrés en Chine en novembre et croisés en Nouvelle – Zélande il y a quelques semaines, avec qui nous partons en promenade. Eux même ont la veille rencontré Manuel, un chilien du continent vivant sur l’ile, qui lui même a rencontré Carolina et Natalia, deux chiliennes en vacances et nous ne savons pas encore que nous allons former une super équipe franco-chilienne pendant notre séjour, partageant cours d’histoire, fous rires et un paquet de dialogues de sourds.

Comme, malgré nos efforts, on ne peut pas tous s’entasser dans une voiture, je pars en scooter avec Manuel, et je lui donne une grande tape dans le dos quand je croise avec émotion mon premier Moai (lui a du passer devant une dizaine de milliers de fois; cependant il feint de partager mon enthousiasme). Puis nous nous arrêtons devant le majestueux spectacle des 15 Moais, en bord de mer et nous ne savons plus sous quelle couture les prendre en photo. Les paysages de l’île me rappellent la Nouvelle-Zélande, de grandes collines vertes pelées et des falaises tombant à pic dans une eau d’un bleu profond, à la seule différence que les moutons ont été remplacés par des chevaux, et dans une moindre mesure, des vaches. Manuel, notre guide et professeur d’histoire particulier aux commandes de la troupe, nous partons en quête de la grotte des « vierges », où s’entassaient pendant des mois des femmes Rapa Nui, afin de devenir le plus blanche possible et gagner, pour la plus vaillante, le droit d’épouser le vainqueur de la compétition de l’homme oiseau. Moi qui ait été prise de claustrophobie au bout de cinq minutes et qui suis sortie couverte de terre après avoir rampé comme une dégénérée, j’ai du mal à imaginer que l’on puisse y rester des mois, dans l’espoir de servir un homme (un fou?) qui s’est préalablement jeté dans la mer et a nagé pendant des kilomètres pour gagner une autre île et revenir sur Pâques, victorieux, avec un oeuf (l’oeuf de Pâques en quelque sorte :p). Quoiqu’il en soit, la balade est d’autant plus agréable qu’on aurait jamais trouvé ces coins perdus, témoins de l’histoire de l’île, sans un local à nos côtés. Après une journée bien remplie pour nous deux qui sommes en complet décalage horaire, la soirée est interminable, animée par la bière, les empanadas géantes, les retrouvailles avec nos coupains et Marie qui parle dans une langue sortie tout droit d’une autre planète (planète dans laquelle « mardi » se dirait « martenes »).

C’est donc encore avec peu d’heures de sommeil accumulées que l’on se réveille à l’aube pour aller voir le lever de soleil sur les quinze Moai, l’une des attractions majeures. A notre arrivée tardive, détours involontaires obligent, les pieds d’appareil photo se bousculent déjà, et leurs propriétaires, munis de couvertures et termos de café, sont bien plus équipés que nous. On traine là quelques heures, attendant que le soleil passe derrière les statues, passant en revue la panoplie de types de photos à notre actif (les sauts -ratés, les bisous-ratés et même les superbes imitations de la posture des statues) avant d’aller explorer la carrière ou étaient construits les Moai. C’est assez incroyable de se balader dans cette sorte de « cimetière » de Moais, où beaucoup sont renversés, mi -enterrés, et certains sont restés inachevés. Nous avons remplacé notre mine d’informations, Manuel, par un livre; c’est bien utile mais un peu moins drôle, surtout pour Emilie qui est obligée de répéter la même chose toutes les cinq minutes puisqu’il y en a toujours un pour être inattentif. Les statues sont creusées à l’horizontale dans des blocs de roches volcaniques, suivant un rituel bien particulier et sont alors redressées et déplacées, avec une déperdition significative. D’abord parce qu’allez redresser manuellement des statues qui peuvent aller jusque 9 mètres et 14 tonnes et vous m’en direz des nouvelles, mais surtout parce que toute statue tombée augure une perte de mana (soit la raison d’être du du Moai) et ne peut donc être remise sur socle.

Toujours pas rassasiés en Moai, nous allons sur la plus grande plage de l’ile, où des statues côtoient les quelques palmiers survivants  et où, malgré une eau beaucoup plus froide qu’à Tahiti, on se sent juste dans un petit paradis. Puis pour boucler la boucle de cette fabuleuse journée, nous assistons à un coucher de soleil sur les seuls géants de l’ile à regarder vers la mer, construits en hommage aux sept explorateurs polynésiens ayant découvert Rapa Nui. Le ciel dégage une lumière orangée incroyable, et les quelques nuages noirs derrière les explorateurs finissent de donner une teinte mystique à ce tableau. C’est dans ce genre d’instants uniques que je me rends compte de ma chance – et que Paris 18ème me parait à des années lumières :p

Après une soirée à l’image de celle de la veille, avec encore plus de copains et de bières, et nous être tristement séparés d’Emilie et Simon, nous nous rendons à l’endroit où se tenait la cérémonie de l’homme oiseau, sorte d’élection présidentielle à la sauce Rapa Nui pendant les premiers siècles après Jésus Christ. Des représentants de chaque clan, sautaient à la mer depuis une falaise près du volcan et nageaient à l’aide d’une embarcation sommaire faite de roseaux (ancêtre du body board) jusqu’à un îlot où chaque participant se postait auprès d’un nid de sterne. La volonté du dieu Make-make se manifestait par l’ordre de ponte des œufs : le premier qui voyait pondre la femelle qu’il avait choisi, devait ramener l’œuf sur l,île et l’« homme oiseau »  était, pour un an, l’arbitre des conflits entre clans. A ce titre, il était neutre et sacré et gagnait accessoirement la vierge ayant gagné le concours des folles et non claustrophobes de la grotte :). Il faut savoir que la falaise est très abrupte et que l’îlot en question est assez loin des côtes. J’ai même du mal à imaginer comment tous ne mouraient pas avant d’avoir mis un pied dans l’eau. Le panorama est superbe, tout comme le cratère du volcan, qui ressemble à un globe en miniature, de par la végétation qui pousse dans le lac. Manuel, qui est de nouveau notre guide, nous fait découvrir de nouvelles grottes, et nous finissons la journée par un spectacle de danse traditionnel, coloré et impressionnant.

Synthèse d’histoire et de culture Rapa Nui en trois paragraphes

Les monumentales et intrigantes statues auraient été construites entre le XIIIème et le XVIIème siècle, dans un but de protection des différents clans de l’île. En effet, en reproduisant dans la pierre les chefs les plus importants après leur mort, les Rapa nui en appelaient à une puissance spirituelle  (le « mana », terme que l’on retrouve aussi en Polynésie et en Nouvelle Zélande) pour protéger et fédérer tous ceux qui feraient face aux statues. Cette soif de protection divine – et donc de pouvoir- poussa les habitants à une fièvre constructrice, qui aboutit, en quelques siècles à l’épuisement des ressources de l’île et à une guerre entre clans. Pensant que le « mana » s’épuisait en même temps que les ressources, les habitants se mirent alors à renverser les Moai des clans adverses pour les fragiliser (puisque la protection provient du regard du Moai sur les habitants, s’il est face contre terre – paix à son âme- il ne regarde plus rien du tout, le clan n’est alors plus protégé, et le clan à l’origine du méfait gagne la part de protection et de force ainsi évaporée – c’est mathématique) et c’est pourquoi aujourd’hui, seule une trentaine de Moais, parmi le millier que compte l’ile de Pâques, sont debout.

Pourquoi l’île de Pâques? Parce que le premier navigateur européen a avoir foulé son sol, l’a fait un dimanche de Pâques, en 1722. L’histoire de l’île est assez passionnante et chaotique, d’abord peuplée par les polynésiens (les véritables Rapa Nui), elle devient très vite l’objet des convoitises européennes et sud-américaines. Le Pérou y verra même une source d’esclaves, déportera plusieurs milliers de personnes et laissera un territoire exsangue, ne comptant plus qu’une centaine d’habitants à la fin du XIXème siècle. De domination en domination, de catastrophe démographique en catastrophe démographique, l’île finira par être annexée par le Chili en 1888.

Pendant notre séjour, il y avait un conflit ouvert entre les Rapa Nui et le gouvernement chilien à propos de l’utilisation des recettes du tourisme. En effet, à l’heure actuelle, les droits d’entrée au parc ne sont que peu réinvestis dans l’économie locale; ce qui crée un sentiment d’injustice et de frustration chez les iliens. Pas mal de « barrages »  ont donc été improvisés sur la route menant aux statues en contestation, où l’on laisse passer les touristes un peu à la tête du client (il faut croire qu’on a une très bonne tête), et les droits d’entrée ont été temporairement suspendus. Mais l’arbre cache la foret: derrière ce conflit relatif à une inégale distribution des ressources, il y a un clair et profond sentiment rapa nui de non appartenance au Chili, ainsi que des velléités indépendantistes. De par leur origine, leur culture, les habitants de l’ile de Pâques se sentent beaucoup plus polynésiens que latino-américains. Et trois jours nous ont suffi pour nous rendre compte à quel point l’île est effectivement un OVNI latino, où les mots qu’on a appris en Tahiti nous ont servi, où le monoi et les couronnes de fleurs sont vendues partout et où il fait meilleur être française que chilienne.

 

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Bons baisers de Polynésie

Nous sommes le 1er mai, il est 17h quand nous quittons – un peu tristement- Auckland.

Nous sommes le 1er mai, il est minuit quand nous arrivons –très chaudement- à Papeete, soit dix sept heures avant d’être parties.

Un bond en arrière de 22h, un premier mai sans fin, une terre francophone et française après huit mois de baroudage, des paysages carte postale et une nouvelle passion pour les fleurs. Retour sur une semaine tahitienne bien remplie.

L’ile de Tahiti, entre lagons, tatouages, surfeurs et embouteillages

Vai Hi, l’une des meilleures amies de Marie, est d’origine tahitienne et n’ayant pu venir nous rejoindre, elle nous a mis en contact avec sa famille. Notre bonne étoile veut que l’on soit dans le même vol que son père, Olivier, avec qui on fait connaissance dès Auckland. A l’arrivée à Papeete, nous accueillent une chaleur écrasante malgré l’heure avancée de la nuit, ainsi qu’un petit groupe musical, qui n’attend plus que nous pour pouvoir aller se coucher. En revanche, aucun collier de fleur ne semble disposé à vouloir venir se pendre à notre cou, contrairement à ce qu’on imaginait comme une tradition indérogeable. Restrictions budgétaires obligent, cela fait quelques années que les touristes n’y ont plus droit. Sur la route qui nous amène à la maison, je regarde défiler les panneaux en français, les supermarchés Carrefour et Casino et les voitures de la police nationale, comme je le faisais, émerveillée, face aux temples en Asie :p Et le lendemain, je suis encore plus émerveillée en découvrant, au réveil, que l’endroit où je loge a les pieds dans un lagon turquoise et la tête dans les cocotiers.

Nous passons les deux premiers jours en compagnie d’Olivier et de ses adorables femme et enfants, à barboter dans une eau incroyablement transparente et à faire le tour de l’ile. 120 km de route longeant la mer, et au centre des collines envahies par une végétation luxuriante, colorée et odoriférante. Tipaniers (connus comme les frangipaniers de Tahiti), bougainvilliers, gardénias, tiaré, oiseaux du paradis ; à chaque jour sa leçon de botanique pour nous pauvres néophytes. Il n’y a qu’une seule route principale reliant Papeete, la ville principales, aux autres « agglomérations » (qui ne dépassent pour la plupart les quelques milliers d’habitants) de l’ile, si bien que dès 5h du matin, une file géante de voitures roule au pas, avec à leurs bords, des tahitiens qui, comme Olivier, pestent certainement sur l’immobilisme d’autorités politiques locales corrompues et inefficaces. Et pour quiconque voudrait s’aventurer dans le centre de l’ile, il lui faut passer par une agence organisant des tours en 4×4, puisqu’il n’y a aucune route goudronnée. Les tarifs à trois chiffres en francs pacifiques de tous les biens et services ayant eu raison de notre budget dès les premières quarante huit heures, nous nous contenterons de regarder les brochures, de même que pour une éventuelle virée dans d’ autres archipels de la Polynésie française. Cette dernière est en effet constituée de cinq archipels, et Tahiti n’est qu’une goutte parmi 120 iles et atolls, incluant ceux dont la seule évocation prête eu rêve (Bora Bora, les marquises…). Sauf que pour se rendre dans les îles des rêves et des magazines narguant les métropolitains à coups de photos de bungalows en pilotis au milieu d’une eau bleue fluo, il faut parfois faire plus de 3h d’avion depuis Papeete et payer plusieurs milliers d’euros pour un court séjour. Je garde donc cela pour ma lune de miel avec le milliardaire qui sera mon époux (et qui ne le sait pas encore).

Le dimanche matin, Timeri, la mère de Vai Hi, et Georges, son beau père, viennent nous chercher à 7h pour nous emmener au marché. Loin d’être les premiers, nous nous retrouvons au milieu d’une foule dense de locaux sur le qui vive depuis 5h, en quête des ingrédients nécessaires à la préparation du repas/banquet du midi. Sur les étals, avec les poissons perroquet multicolores, nous avons un aperçu de ce qui nous attendra à Moorea. Et nous sourions en passant une première fois devant des couronnes de fleurs, avant de nous retrouver, une heure plus tard, avec deux énormes spécimens sur la tête. Loin d’être un apparat à touristes, c’est ici un accessoire que toutes les « vahinés » (terme qui désigne les femmes en tahitien ; autant dire qu’on se sent jolies et flattées la première fois que l’on voit cela sur un écriteau en allant aux toilettes) portent, tant pour aller faire leurs courses que pour diner au restaurant ou sortir dans un bar. Ce qui est étonnant, c’est que la couronne rallie toutes les générations, de l’adolescente à la grand-mère et que même les métropolitaines ne sont pas dévisagées avec ça sur la tête (quand bien même elles l’aiment tellement qu’elles la gardent un peu fanée, au grand damne des ylang ylang qui commencent clairement à faire la tronche :p). Le port de la couronne est agréable mais un peu enivrant et on a parfois l’impression, le soir venu, d’avoir passé sa journée à Sephora alors qu’on a seulement marché dans la rue ou regardé la télévision. Le soir, on la range sagement dans le bac à légumes du frigo et on est impatient de la retrouver le matin au réveil, comme un enfant sortant de sa chambre un 25 décembre.

Quoiqu’il en soit, avant de me perdre dans des considérations passionnées au sujet des couronnes de fleurs, j’en étais au marché et à la préparation du « ma’a tahiti ». Alors que j’observe Timeri qui remplit frénétiquement son cabas comme si elle devait préparer une semaine de repas pour cent militaires, je tente de retenir le nom de tous les légumes et tubercules qui s’y accumulent. Puis c’est l’heure du cours de cuisine tahitienne,et du banquet au cours duquel nous nous délectons de poisson cru à la noix de coco, de potée de porc au chou, de patates et bananes sous toutes leurs variétés et coutures, de manioc et fruit de l’arbre à pain, le tout arrosé d’Hinano, la bière locale que nous avons déjà adoptée, tant pour son goût que pour son logo : une tahitienne fleurie des pieds à la tête, assise en tailleur (logo que j’aime presqu’autant que ma couronne réfrigérée).

L’autre hobbie du tahitien le dimanche c’est le surf. Là aussi, ce sport unit les cheveux blonds les cheveux gris (vivement que mon tour du monde se termine, je me mets à citer du Sardou dans mon blog) et la qualité des vagues de l’ile en fait un spot internationalement fréquenté par les plus grands surfeurs professionnels. Timeri, Georges et Olivier le pratiquent ou l’ont pratiqué pendant de longues années et c’est comme cela que je me retrouve paumée dans une conversation d’un autre monde, parlant de « rollers », de « cut back » et de « tubes ». Ma seule expérience en la matière, c’était en stage UCPA il y a quinze ans, où au bout d’une semaine, j’arrivais laborieusement à tenir quelques secondes debout sur la planche. Je tombe donc en complète admiration devant ces « tane » (hommes) et « vahine » (femmes, pour ceux qui ont suivi) qui semblent flotter sur l’eau avant de disparaître sous des creux de plusieurs mètres. D’autant plus qu’ils ont une carrure à la hauteur des figures qu’ils réalisent et ont presque tous de magnifiques tatouages, autre pratique polynésienne répandue. Inutile de dire que pendant tout mon séjour tahitien, je parle à Marie de me mettre au surf et me faire tatouer, et que je finirai par me convaincre que le footing c’est bien aussi et que de toute façon d’ici dix ans, j’en aurai déjà marre de cohabiter avec une fleur ou un symbole sur mon avant bras.

 

Mordue par une raie à Moorea

Moorea est une ile de l’Archipel de la société, située à une vingtaine de kilomètres de Tahiti. Elle est deux fois plus petite que sa consoeur et a la forme d’une patte de dinosaure. Olivier étant en congés pour quelques jours, il nous y accompagne et nous prenons l’un des premiers ferrys, à 7h. Entre la chaleur, le soleil matinal et le bruit des vagues, il est de toute façon difficile ici de dormir après 6h le matin (triste sort que celui des voyageurs en Polynésie). A peine débarqués, on monte sur un autre bateau, celui d’Effara, ami d’Olivier, pour une excursion en mer de plusieurs heures. Le temps est superbe et nous permet d’apprécier la couleur des lagons, encore plus éclatante que sur les côtes tahitiennes. Rejoignant un bateau de plongeurs un peu plus au large, Effara se met à discourir sur les requins et ce que l’on prend pour une blague (il n’a pas arrêté d’en faire jusqu’alors) est en fait vrai et on se retrouve assez rapidement entourés de petites nageoires noires. A ce moment, tout le monde met ses palmes et saute joyeusement à l’eau et avec Marie de nous regarder, médusées, avant de rejoindre le groupe. Les requins à pointes noires ont beau être relativement petits et dits inoffensifs pour l’être humain, je ne peux m’empêcher de battre des pieds et des mains comme une personne proche de la noyade lorsqu’une des bêtes franchit ce que j’ai défini comme mon périmètre de sécurité. Bientôt, ils sont une vingtaine à nager autour de nous et c’est assez incroyable comme sensation. En remontant sur le bateau, tout le monde sourit bêtement et regrette d’avoir toujours considéré les appareils photos allant dans l’eau comme des gadgets inutiles.

Puis c’est l’heure d’aller rendre visite aux raies, en emportant derrière nous, sans le savoir, une partie du groupe des gentils requins. Effara connaît tellement bien les lagons et ses habitants qu’il a même apprivoisé un petit groupe de raies et leur a donné des prénoms. Stéphanie et Justine étant les plus sociables, elles viennent se frotter contre nous et c’est assez étrange. On les caresse comme des animaux domestiques et l’amitié raies-touristes est presque celée jusqu’à ce que j’aie le malheur de laisser tomber ma main au dessous de la surface et que Stéphanie (certainement jalouse du lien particulier entre « Justines ») en profite pour croquer quelques une de mes phalanges. Plus de peur que de mal. Je remercie le dieu marin de ne pas avoir fait naitre Stéphanie requin…

Dans les lagons autour de Moorea, il y a pléthore de coraux, et partant, une faune aquatique diversifiée. Suivis à nouveau par quelques requins et raies (quelques heures d’excursions en plus et notre bateau pourrait être renommé L’arche de Noé), on explore avec masques et tubas les fonds marins et y croisons des poissons perroquets, concombres de mer, oursins, autres poissons oranges aux contours des yeux bleu pétrole, qui semblent tout droit sortis d’un dessin animé et qui jouent à cache cache avec nous. On part ensuite à la recherche de dauphins, que nous ne trouverons malheureusement pas. On se console avec l’observation d’un surfeur jouant avec d’énormes vagues, avant de rater un coucher de soleil pourtant prometteur et d’admirer une nature encore plus sauvage et préservée qu’à Tahiti.

 

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Mes adieux à la Nouvelle-Zélande dans l’extrême nord

Au programme des derniers jours : cours d’histoire et bain de culture maorie

Alors que parents et frère viennent de partir pour 456789 heures d’avion et que Marie coule des jours paisibles dans l’île du sud, je prends la route pour le « far north », le bout du bout de l’ile du nord. Cette région est boudée par les touristes étrangers, et seuls 20% d’entre eux s’y aventurent (donnée petit futé = véracité hautement contestable). Non pas qu’elle soit infestée de maoris à machettes et serpents venimeux ; seulement elle est éloignée des autres principales attractions du pays et sa visite implique de revenir sur ses pas, le long de routes pas connues pour être les mieux entretenues du pays.

Ayant laissé Starkiwi aux mains de Marie qui s’acharne à essayer de lui trouver un acheteur, je loue pour quelques jours une voiture « économique », comprendre rouillée et cabossée et émettant des bruits suspicieux qui me font, au début, m’arrêter toutes les vingt minutes, ou monter le son de la radio, au choix. Destination Russell, siège de la plus ancienne colonie européenne et capitale du pays jusqu’en 1865. En théorie, selon ma carte d’un mètre carré (qui se replie en une demi heure seulement) et mes calculs savants, je devrais y arriver en quelques heures. En pratique, je loupe magistralement l’embranchement et me retrouve cinq heures plus tard, sur une route de terre pendant des kilomètres, en ne croisant aucune âme qui vive. Alors que la nuit tombe, j’entre enfin dans ce qui était au début du 19ème siècle un lieu de débauche pour les colons, où l’alcool coulait à flots, l’ivresse déliait les gâchettes et les mœurs, à tel point que plus aucun marchand n’osait s’y aventurer et que la Couronne Britannique dut intervenir à plusieurs reprises. Aujourd’hui, quelques agents de voyage et tenanciers d’hôtels ont remplacé les brigands et ce gros bourg est bien paisible. Je cherche désespérément une auberge, avec l’aide d’une gentille maorie qui n’avait rien demandé à personne mais qui s’entête à retrouver le propriétaire du seul « backpackers » de la ville. Moult coups de fils infructueux plus tard (ledit propriétaire est certainement en train de boire des bières en ce long week-end de commémoration de l’ANZAC), elle me conseille de prendre le ferry pour rejoindre Pahia, ville de l’autre coté de la « baie des iles », qui se veut plus jeune et touristique. A peine embarquée in extremis sur un tout petit ferry qui ne peut contenir que quelques véhicules, celui-ci part et je passe la traversée à me demander à quel moment l’on va se renverser. C’est maintenant sérieusement la tempête et je passe ma première soirée en solo dans une auberge quasi déserte, à regarder un film coréen avec un grec qui me parle méditation.

Le lendemain, c’est sous un déluge persistant que j’entame la visite du « Whaitangi Treaty grounds », lieu où a été signé l’accord historique entre chefs maoris et Couronne Britannique, berceau en quelque sorte de la nation néo-zélandaise moderne. D’une manière générale, cette région nord du pays est historiquement importante puisque c’est là que Kupe, célèbre navigateur polynésien, découvre officiellement le territoire en 925, et que des décennies plus tard, les européens y débarqueront lors des premières missions d’exploration. Je me laisse convaincre pour prendre la visite guidée malgré mes doutes sur ma capacité à en comprendre l’intégralité (il va sans dire que l’accent dans cette partie du pays est l’équivalent anglais du chti français). Evidemment, je suis un peu larguée et quand je comprends enfin que mon guide parle de « british » et non de « bush » (ça me semblait étrange aussi que l’on me parle d’anciens présidents américains ou de la savane dans un cours accéléré de colonisation britannique!), il est complètement passé à autre chose et explique maintenant comment les maoris construisaient des canoës de guerre. Mon guide est maori et arbore fièrement son lien de sang avec les protagonistes de la signature du traité quelques 175 ans plus tôt. Ce traité, qui était un grand succès pour la Couronne y ayant vu le moyen de légitimer sa présence sur l’ile et de faire accepter officiellement le mode de gouvernance britannique aux maoris; est en revanche plus contesté par ces derniers. En effet, les maoris se sont, dès lors, sentis lésés et dépossédés de leur terre et souveraineté sur leur territoire, d’autant plus que les versions anglaise et maorie qui ont été signées diffèrent sensiblement. Mes efforts de concentration intense paient et je finis par ne plus être la dernière à rire aux blagues de notre guide, refilant le bonnet d’âne à deux autres français. Je me serais bien passée du folklore du traditionnel « haka » qui clôt la visite mais je dois dire que je suis assez subjuguée par la capacité des danseurs déguisés en guerriers à révulser leurs yeux et tirer la langue. Même mes plus belles grimaces face à l’appareil photo ne donnent pas un résultat aussi amusant 🙂

Le soleil brille à nouveau et je continue ma route vers la pointe de l’ile, ne manquant pas de faire un grand détour pour aller voir la plus ancienne maison de Nouvelle-Zélande. Quelle n’est pas ma déception à l’arrivée. Alors pour me consoler, je me délecte du spectacle d’un groupe de chinois qui menace cette pauvre maison de pierres de leurs flashs et téléobjectifs. Il ne s’agit que d’une petite maison qui ressemble à celle de ma grand mère en Normandie. Pas de quoi en faire des tonnes et encore moins payer 10 dollars pour en visiter l’étage.  Je passe la nuit dans une auberge en bord de mer, perdue au milieu de nulle part. Elle m’offre un spectaculaire coucher de soleil et quelques compagnons thaïlandais, qui me proposent, à 7h du matin, de partager leur petit déjeuner composé de hamburgers, steaks, épinards et œufs (ouf, mon « poissontarisme » a parfois du bon !).

Au bout du bout de l’ile du nord, il y a le Cape Reinga, terre maorie sacrée, qui serait le dernier lieu visité par les esprits après la mort, avant de partir pour une vie éternelle ailleurs, dans l’au delà, ou en Australie par mauvais temps :p. Peu de personnes s’y rendent, kiwis et touristes confondus et en traversant les paysages toujours aussi verts mais de plus en plus déserts, écoutant sans rien comprendre, la radio en maori (la seule que je capte), Auckland me paraît tellement loin ! Outre être un endroit chargé de symboles, le Cap Reinga est aussi celui où océan pacifique et mer de Tasmanie se rejoignent, le premier représentant, dans la légende, la force de l’homme et la seconde, la douceur de la femme. Depuis le phare qui surplombe le cap, on assiste effectivement au spectacle magique des vagues en sens contraires qui se heurtent, formant, avec fracas, une écume épaisse. Alors que je suis en train de lire un panneau sur les légendes maoris autour des sources, que le ciel est bleu à perte de vue et qu’il n’y a qu’un nuage ridiculement petit au dessus de moi, des trombes d’eau se mettent soudain à me tomber sur la tête. Ma spiritualité comprend qu’elle doit y voir un signe; mais elle est trop ensommeillée en ces heures matinales pour en saisir le sens. Et mon Kway oublié dans la voiture, lui, glousse sans vergogne.

J’ai beaucoup de mal à décoller et flâne pendant un long moment le long de la côte, avant que les premiers touristes ne viennent s’immiscer dans la grande conversation que j’ai avec le phare (voyagez seul/e quelques jours, vous deviendrez fou/folle). Sur le parking, je croise un vieux monsieur maori au visage entièrement tatoué, sortant du coffre de sa voiture, des bâtons au bout desquels flottent des rubans. Je me risque à lui demander, dans mon plus bel et respectueux anglais, ce qu’il compte en faire, mais je ne comprends malheureusement que quelques bribes de sa réponse. Trop décousues pour reconstituer une histoire qui tienne debout, je m’amuse à en inventer une, sur le chemin du retour, avant de m’arrêter marcher un moment dans les dunes géantes de Te Paki. Après la Bretagne et le pays Basque, la Nouvelle-Zélande prend cette fois des airs de Mongolie ou d’Afrique de l’ouest. Du sable à perte de vue sur plusieurs centaines de mètres ; je passe quelques collines, ralentie par le vent qui me fouette le visage et surplombe alors la mer de Tasmanie et « ninety mile beach », une plage bordant toute la côte ouest, baptisée ainsi du fait de sa longueur. Beaucoup de personnes parcourent cette plage en voiture et le décrivent comme une expérience inoubliable. Cependant, vu ma compréhension avérée du fonctionnement des marées et ma maitrise des manœuvres automobiles dans l’éventualité où je me retrouverais ensablée, je choisis sagement de prendre la route goudronnée qui offre, elle aussi, de bien jolis panoramas.

Ces quelques jours dans le grand nord ont été plus dépaysants que les deux mois précédents passés dans le pays, peut être parce que j’étais seule et que ça ne m’arrive pas souvent, ou parce que c’est une partie du territoire plus atypique, plus maorie, plus pauvre sous certains aspects, et beaucoup moins touristique c’est incontestable.

 

Bye bye Kiwiland !

C’est avec une pointe de tristesse que je quitte aujourd’hui la Nouvelle Zélande pour de nouvelles aventures polynésiennes. Bien que je n’aie été des plus loquaces sur la toile au cours des onze semaines passées ici, ce pays vient sans conteste se classer parmi mes coups de cœur du voyage.

La Nouvelle- Zélande, c’est des paysages grandioses et incroyablement variés à chaque virage, c’est des volcans, des glaciers, des plages de sable blanc et des mers turquoises qui cohabitent dans le même petit territoire, c’est des moutons, des moutons et des moutons qui broutent une herbe brillante, laquelle semble ne pas s’en offusquer et continuer de briller, c’est des colonies de vaches qui sont copines avec les moutons et qui attendent de voir passer les trains, c’est des décors de cinéma où les effets spéciaux semblent ne pas avoir été créés en studio mais exister à l’état naturel, c’est des sauts à l’élastique, en parachute, du parapente, des bateaux qui frôlent à toute vitesse les parois des canyons et font des 360 degrés, vous laissant trempés mais ravis, c’est Chloé, Julien, Sandi, Marie, Lisa et Stephanie avec lesquels on a partagé un paquet de fous rires, nuits en camping et cris d’admiration. C’est les kiwis (les oiseaux) qu’on n’a pas vus. C’est les généreux rayons de vins des supermarchés qui m’avaient manqué. C’est ma famille qui a parcouru des milliers de kilomètres pour venir me voir. C’est un monde de bisounours où l’on ressent un sentiment de sécurité et de sérénité indescriptible. C’est une Justine plus optimiste, plus anglophone et moins autophobe que vous retrouverez en rentrant.

Et puis, surtout, c’est les kiwis (pas les oiseaux), qui sont un modèle de gentillesse, de générosité et de bienveillance que vous ne trouverez nulle part ailleurs. Des gens qui vous ouvrent leur porte, vous offrent un toit, vous invitent à diner et se plient en quatre pour vous, sans même vous connaître. Des employés de stations service qui quittent leur poste pendant vingt minutes et ne vous quittent pas avant de vous avoir remis sur le bon chemin. Des conducteurs de bus qui vous demandent si vous allez bien aujourd’hui. Des sourires, beaucoup de sourires. Des « amazing », « sweet », « lovely » qui fusent sans cesse. Des ouvriers de voirie qui vous font de grands bonjour quand vous passez à côté d’eux. Des vendeurs qui vous courent après dans la rue si vous oubliez votre monnaie. Bref, des gens en or. Alors certes, La Nouvelle Zelande se mérite, vous y laisserez beaucoup de patience perdue en heures d’avion et d’escale, beaucoup de dollars de votre portefeuille dans des îles tellement isolées du reste du monde que tout y est hors de prix, mais c’est de loin l’un des plus beaux investissements touristiques, que vous ne regretterez pas  <3