Et les enfants laotiens crierent « sabaidee » en coeur

En bateau lent sur le Mekong

Un peu lassée des heures de bus accumulées au cours des derniers jours, c’est a bord d’un « slow boat » que je vis mes premières heures laotiennes. Il s’agit d’un long et étroit bateau a moteur, dans lequel une centaine de personnes prennent place dans des sièges de minibus. Et c’est parti pour deux jours au cours desquels l’activité principale se résume a regarder les paysages alentours. De temps a autre, l’embarcation s’arrête pour décharger/charger quelque chose et c’est l’occasion pour des troupes d’enfants des villages environnants de venir nous saluer depuis le rivage. Attendrie un peu trop facilement, je me verrai, des le premier arrêt, dans l’obligation de me séparer de mon régime de bananes fraîchement acquis. Malgré tout je sens que je vais aimer ce pays

Luang Prabang, fleuron de l’héritage colonial français

Luang Prabang est connue pour avoir conservé la grande majorité de ses bâtiments coloniaux. Je tombe sous le charme de cette ville des mon arrivée: de belles maisons en bois aux volets colorés, des ruelles pavées, des lanternes qui pendent aux arbres, le tout dans un dans un décor montagneux idyllique. Ici le français n’est pas dépaysé, il trouve des crêpes et des croissants a chaque coin de rue et n’a pas besoin de parler anglais puisque la quasi intégralité des panneaux est dans la langue de Molière. Les sacs a dos Quechua sont au moins aussi nombreux que les motos (si si, j’ai tout compté).

Depuis mon départ de Koh Lipe, je ne serai pas restée longtemps voyageuse solitaire car je fais désormais chemin avec Jean-Yves, un français croisé quelque semaines plus tôt en Thaïlande, et qui voyage a durée indéterminée. Le lendemain de notre arrivée, on décide de louer des vélos pour nous rendre a des cascades a une  trentaine de kilomètres de la ville. Jean-Yves a, quelques mois auparavant, parcouru une grande partie de l’Europe en pédalant;  c’est dire si je suis semée dès les premières minutes,  surtout que je m’arrête toutes les trente secondes pour prendre en photo les montagnes et rizières qui m’entourent. Là aussi,  on croise des ribambelles d’enfants assez régulièrement et certains traversent même la route pour venir nous taper dans la main avant de repartir en riant. Comme une impression d’être en tête de peloton pendant le tour de France..

Les cascades d’eau cristalline sont superbes et on a juste le temps d’avaler quelques crêpes et de parcourir Luang Prabang que le ciel décide de commencer à se déchaîner sur nos têtes.  La météo  n’annonçant rien de bon pour la  semaine a venir, la décision est vite prise de fuir vers le sud.  Et puis c’est pas comme si parcourir un pays du Sud au nord puis au sud en quelques semaines était ma spécialité 🙂

Les 4000 îles ou la vie au ralenti

A la frontière entre le Laos et le Cambodge, des milliers de petits îlots émergent du Mekong et sont le repère de dauphins d’eau douce. C’est devenu une des étapes incontournables des backpackers voyageant en Asie du Sud est. Avant d’y arriver, on a eu la brillante idée d’aller visiter les ruines d’un temple de l’autre côté de la rive,quelques cent kilomètres plus au nord. Les transports en commun étant une espèce rare dans le coin,  je m’offre ma seconde expérience d’auto stop, mais je suis confiante car accompagnée d’un expert, et pas des moindres.

La première laotienne que nous prenons pour une âme généreuse finira par nous réclamer vingt euros pour une course censée être gratuite. Nous avons plus de chance avec le second qui semble financièrement désintéressé. Cependant, une âme généreuse qui nous transporte sur cinq kilomètres dans un vieux camion-tracteur roulant au pas, ça n’arrange pas beaucoup nos histoires. Les troisièmes ont clairement des têtes de mafieux, ainsi que les chevalières qui vont avec. C’est pourquoi a la vue d’un aérosol sous le siège du passager avant, la parano que je suis y voit une bombe lacrymogène, et partant, sa dernière heure arriver a grands pas. Les quatrièmes sont de jeunes cambodgiens ignorant visiblement l’intérêt d’adapter la vitesse du véhicule a l’état de la route. Ce fera l’objet de pas mal de frayeurs surtout lorsqu’ a une pause  je vois mon sac a dos s’éloigner dans le pick-up et moi rester  toute bête sur le bord de la route (ils reviendront finalement cinq minutes plus tard et je retrouverai sain et sauf mon fidèle compagnon). Le cinquième et dernier combine la tête de mafieux et la vitesse indécente; il accomplira cependant l’exploit de nous mener a bon port sans avoir échangé un seul mot avec nous. On est récompensés de cette folle journée par la courte traversée en bateau; le ciel commence a rosir et le spectacle des buffles nageant entre les îlots verts tout autour de nous est superbe.

Sur les 4000 îles que compte (en théorie, car je pense que personne n’est jamais vraiment allé vérifier) l’archipel, seulement trois sont habitées. On choisit d’établir nos quartiers a Don Det, la plus animée d’entre elles, même si ce terme ferait doucement rire les îles thaïlandaises, vu qu’il y a seulement une dizaine de restaurants et bars dans un tout petit tronçon de rue et qu’ils ferment tous sans exception a minuit. La seule problématique qui occupe notre esprit en journée est de savoir si on prend a droite ou a gauche une fois montés sur nos vélos. De toute façon les deux routes se rejoignent et en une demi heure on a fait le tour de l’île et de sa voisine. Le soir le dilemme se complique un peu car l’on doit choisir sur lequel des trois spots on va contempler le coucher de soleil.

Comme partout au Laos, il y a de jolies cascades et les enfants continuent, a notre passage, de crier et de balancer les bras de manière acharnée. Et puis les français sont encore une fois en majorité. On sympathise avec des bretons et des perpignanaises et, a mon grand damne, on intègre un nouveau supporter du PSG, Geoffrey, dans l’équipe de voyage.

Boucle a moto sur les routes poussiéreuses du plateau des Bolovens

Seulement deux jours après avoir rejoint Don Det, on se sent déjà comme des lions en cage. On troque alors nos vélos contre des motos et partons a la découverte du plateau des Bolovens. Pendant presque trois jours, on passe dans des villages hors du temps, ou les laotiens se douchent et lavent leur linge dans la rivière, ou la route de terre est bordée par de toutes petites maisons en bois tordues et ou le karaoké bat son plein, quelle que soit l’heure de la journée. Et puis parce que sinon ce ne serait pas le Laos, on voit plusieurs cascades par jour et on fait des coucous aux enfants. Le point culminant est a plus de 1000 mètres, ce qui fait que les nuits sont fraîches et que les laotiens portent ici anoraks et bonnets. C’est une région qui est également réputée pour sa production de thé et de café. On choisit d’aller rencontrer un producteur un peu au hasard, en nous arrêtant a la première pancarte visible sur le bord de la route. Il ne parle que dix mots d’anglais mais parvient malgré tout a nous expliquer son activité et nous fait déguster l’un des meilleurs cafés du voyage. Jean-Yves, qui maîtrise quelques notions de thaï (langue proche du Lao), s’évertue a essayer de lui demander si les grains de café sont décortiqués a la main. La tentative est louable mais vue de l’extérieur, elle ressemble étrangement au troisième tour d’une partie de Times’up. Et puis la question de la mécanisation de la production restera en suspens…

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2 thoughts on “Et les enfants laotiens crierent « sabaidee » en coeur

  1. Hello Miss!

    Waaaah, qu’est-ce que ça fait du bien d’entendre parler du Laos, de ses enfants, de ses cascades, de ses slow-boats, et même de ses « mafiosis » ;+)…pas de coqs? tiens, c’est étrange, pour moi le Laos reste « Le Pays Des Coqs Qui Chantent Tout Le Temps »…

    A travers tes mots je revois Luang-Prabang, le Mékong et je découvre les 4000 îles…pas triste de faire la route au Laos…….Les photos sont splendides, et tes petites chroniques pleines d’humour gentiment moqueur…..Bonne continuation pour ton voyage, et continue tes reportages, ça me motivera encore plus pour y retourner!

    Bise, alain , un maraudeur du Dimanche…

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