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Ferveur bouddhiste au Myanmar

Pour la premiere fois depuis le debut du voyage, quelqu’un m’attend a ma descente de l’avion. Giliane, ancienne collegue Croix-Rouge, arrivee la veille pour passer ces deux semaines birmanes avec moi, se cache derriere un petit panneau « juju’ et moi je ne cache pas mon grand sourire. Un bref resume de nos vies sur les quatre mois precedents et nous voila montees dans un taxi qui, pour changer, conduit comme un dingue. Direction chez Carine, copine de master qui vit ici depuis huit ans et qui nous prete son appartement pour nos quelques jours a Yangon (elle travaille a Nay Piy Taw, la capitale du pays depuis 2005, une des nombreuses lubies de la junte alors au pouvoir pour detacher le pays de son histoire coloniale, et par peur d’une eventuelle attaque par la mer). Apres avoir prononce assez fierement « sayama » a Oulee, le gardien de l’immeuble ( j’utiliserais ce mot pendant quelques jours en guise de bonjour, avant de comprendre qu’il sa’git d’un surnmom que Carine lui a donne et par consequent, de realiser que j’ai du etre un brin ridicule aux yeux des gens) et pose nos affaires, on part en quete d’un resto a 23h. Tous les hommes dans la rue portent un longji, une sorte de longue jupe a carreaux, et des dizaines d’ ouvriers travaillent sur des chantiers, malgre l’heure avancee. On erre sans but en regardant autour de nous quand deux jeunes birmans nous viennent en aide et nous mettent dans un taxi en donnant des instructions au chauffeur. On se retrouve dans un resto ouvert visiblement toute la nuit, autour de groupes de birmans qui nous regardent interrogateurs, buvons notre premiere Myanmar beer et mangeons des beignets de poisson. Maitrisant peu ou pas du tout l’anglais, les serveurs redoutent visiblement tous le moment de venir interagir avec nous et se refilent la corvee en rigolant. Il est plus de deux heures du matin quand on rentre chez Carine et, realisant qu’elle a oublie de nous donner une cle essentielle, on se retrouve penchees au chevet d’Oulee, a tenter de le tirer de son profond sommeil.

A la decouverte de Yangon

A l’instar de ses conseurs asiatiques, la ville principale du pays grouille d’animation. Les tuks tuks filent sur les trottoirs defonces, les gens dejeunent dans des echoppes de rue sur de minuscules chaises en plastique, les charriots de billets de loterie ou de fruits et legumes diffusent une musique criarde, le tout sur fond de prieres lancinantes crachees par des hauts parleurs geants aux quatre coins des temples. Le principal temple de la ville, la ‘paya Schwedagon’ est visible depuis de nombreux endroits de la ville. Sur conseil de Carine (et puis certainement du routard et du lonely planet, selon lesquels l’on devrait faire absolument toute visite au lever ou au coucher du soleil), on s’y rend en fin d’apres midi et le spectacle est magique. Deja parceque qu’a cote de cet ensemble, immense et dore, on se sent ridiculement petites, et puis parceque des centaines de birmans affluent pour prier. On reste pres de trois heures a contempler les moines en robes oranges, marrons, pourpres et roses, les generations qui se melangent, de la grand mere que l’ on sort de son fauteuil roulant et qui met immédiatement son front a terre, a l’enfant de quatre ans qui court partout. Il y a pas mal de rites, notamment selui de verser de l’eau sur l’animal correspondant au jour de la semaine de sa de naissance. Giliane verse avec ferveur de grands bols sur le tigre du mardi et moi je me contente de la prendre en photo, chagrinée de ne pas savoir mon jour ni mon animal (maintenant je sais, je suis le dragon du samedi et je crois que c’est particulierement chanceux un dragon :p). A la tombee de la nuit, tout le monde prend une bougie pour allumer des meches imbibees d’essence. On m’en tend gentiment une et je me mets conscencieusement a allumer ma rangee, entouree de quelques touristes photographes et de birmans qui recitent des prieres a haute voix. L’atmosphere est assez incroyable et c’est presqu’a regrets qu’on quitte le temple pour aller nous promener dans le quartier chinois et diner au bord du fleuve.

Le deuxieme jour commence aussi religieusement que la veille car on fait la connaissance de Mint, moine en devenir, a qui on pose toutes les questions qu’ on a accumulees en 24h et qui nous fait visiter le monastere ou il prie et étudie actuellement, pendant plus d’une heure. Ensuite, on se lance dans notre premiere experience d’achat d’un titre de transport, qui est ici loin d’etre une formalite. On a pourtant choisi une agence de voyage avec un nom anglophone et des affiches publicitaires ecrites en anglais. Cela n’empeche que lorsqu’on formule notre souhait de nous rendre en bus a Bagan (de loin la principale destination touristique du pays), les deux agents nous regardent comme si on venait de leur demander de rallier la lune en sous-marin. Ils enchainent les coups de telephone, entre lesquels on a droit a des « please wait », ils se levent de leur siege, font le tour du bureau puis viennent se rasseoir a la meme place sans avoir rien fait, ils nous proposent un horaire avant d’en changer au bout de trente secondes, et puis finalement, au bout de 45 minutes, on a notre graal, deux places dans un bus qui, sur la photo, semble confortable et flambant neuf.

Bagan, la perle photogenique du Myanmar

Le bus dans lequel nous montons a perdu de sa superbe, par rapport au moment de la photographie. Les sieges ne s’inclinent quasiment pas, les couvertures ont probablement été lavees pour la derniere fois au moment de l’independance et il doit faire six degres. Mais fort heureusement on a un sac pour cracher (je retrouve ici cette manie qui me plaisait temps en Chine, seule la couleur est differente, puisque beaucoup de birmans machent des noix de betel) et a la pause de 22h, le « stewart » nous tend une brosse a dents. Message subliminal?

Nous arrivons en plein milieu de la nuit a Bagan et sommes assaillies par une nuée de conducteurs de taxis, qui nous exposent des tarifs plus farfelus les uns que les autres, pour nous conduire au centre ville. J’essaie de leur expliquer (gentiment selon moi, un peu trop sèchement selon Gilliane) que devoir payer 15 dollars pour faire dix kilometres quand on vient de payer le meme prix pour en faire 500 me parait absurde, mais mon argument n’a pas l’effet escompté. Il est 4h30 et nous attendons donc assises sur nos micro chaises en plastique que d’autres touristes arrivent pour pouvoir monter avec eux une coalition contre cette injuste oligarchie. Le tourisme a Bagan a connu un essor incroyable au cours des dernières années et par consequent, plus que partout ailleurs dans le pays, les prix s’envolent. La nuit dans le moindre cagibi (ah non? c’est une chambre d’hotel?!) coute 40 dollars, l’accès aux temples vingt, la pomme un. Il n’y a que la location de vélos qui garde un prix dérisoire. C’est donc le moyen de locomotion que nous privilégions pendant notre séjour, d’autant plus que chaque soir, notre loueuse nous demande, avec son regard de chaton tombe du toit, si nous reviendrons le lendemain. Et nous craquons et revenons le lendemain quand bien meme mon vélo fait un boucan d’enfer et a les freins déréglés et celui de Gilliane crève au bout de quelques heures.

Fruit de la ferveur religieuse d’un roi birman au 12eme siècle,  Bagan compte près de 4000 temples. Presque tous sont construits sur le meme modèle: une base carre avec un buddha a chaque point cardinal, sur laquelle est dressée une structure pyramidale avec plusieurs terrasses superposées et au sommet une stupa. Seuls la taille et l’état de conservation des sculptures dans la pierre different. Et puis hors concours il y a les dorés, mes préférés. En route on a rencontre Fred, un français, et on part tous les trois sur nos vélos, ne sachant pas ou donner de la tete tellement il y en a partout autour de nous. On utilise donc la technique du repérage en hauteur. Montés sur la plus haute terrasse du premier,  on en choisit un second qui nous plait puis on remonte sur nos vélos et part dans sa direction, certains d’avoir repéré le bon chemin. Evidemment, une fois sur deux on arrive a l’exact opposé mais comme on finit par tous les confondre, ca n’a pas grande importance. On passe des heures a déambuler, a prendre en photo le panorama sous toutes les coutures, a s’arrêter jouer avec des enfants dont la mere balaie et le père essaie de vendre des peintures, a apprécier de se retrouver dans un temple injustement déserté par les touristes.

Toutefois, chacun surveille attentivement sa montre pour ne pas rater le coucher de soleil. Car a Bagan, le coucher de soleil est une institution. Le Lonely Planet a meme fait un top 5 des plus belles terrasses de temples depuis lesquelles le contempler. Vers 16h30, c’est amusant de voir les touristes commencer a marquer leur territoire sur l’élu de leur coeur (ou celui de leur guide) a coup de pieds d’appareil photo. A 17h, voyant le soleil baisser a vive allure, on est pris de panique car on n’a aucun plan, si ce n’est celui d’éviter la foule. On part donc en direction d’un petit temple qu’on avait particulièrement aime le matin, qu’on ne retrouve pas, bien entendu, et a 17h30, me voila qui jette mon vélo, pars en courant a travers les ronces comme si ma vie en dépendait, pour monter sur le premier qui entre dans mon champ de vision (il faut croire que le coucher de soleil a Bagan, ca rend un peu fou). C’est un succès: seulement trois touristes a notre arrivée, des temples très photogéniques face a nous, une lumière incroyable, une brume idéale. Seuls quelques poteaux électriques qui n’ont rien a faire la m’agacent un peu. Une fois le spectacle terminé et quelques “waouuuu” échangés, on remonte a toute vitesse sur nos vélos, partant la encore dans n’importe quel sens, de peur de finir ensablés et dans le noir.

Le rocher d’or ou le Lourdes birman. 

Un rocher recouvert de feuilles d’or et une stupa, qui semblent tenir par miracle tout en haut d’une colline, voila le lieu de pèlerinage par excellence des birmans, a quelques heures de route de la capitale. Carine nous avait recommandé la visite, plus pour le spectacle des fidèles qui s’y rendent en masse, que pour le caillou en lui meme. Comme nous avons un peu de temps avant de partir avec elle dans une autre region du pays, nous y faisons escale. Le bus deja annonce la couleur puisque la radio diffuse des prières en continu. Apres avoir âprement négocie un dollar de reduction dans la guesthouse de notre choix (ouf l’honneur est sauf :p) on monte, ou plutôt on s’entasse dans un camion, seule option pour se rendre au rocher, a moins de vouloir faire quatre heures de marche ardue. On s’accroche fermement a la barre en fer devant nous et comme la route est tout sauf plate et droite, on a l’impression d’être dans un parc d’attractions. Toutes les dix minutes, le camion s’arrête a la hauteur d’hommes munis de coupelles en argent, venant faire l’aumône avec pour seuls armes des discours monocordes et des regards dans le vide. Certains ont visiblement plus de succès que d’autres mais globalement les billets pleuvent. Nous, on ne comprend absolument rien et on sait qu’on va payer l’entree au rocher cent fois le tarif pour les locaux, alors on se contente de froncer les sourcils lors du discours puis de faire gentiment passer la coupelle a ceux qui veulent sauver leur âme. Arrivés en haut, les gens pressent le pas pour se rendre au célèbre rocher. Je suis tentée de les imiter, oubliant l’espace d’un instant qu’il n’ y a aucun coucher de soleil en jeu :p. On est finalement un peu décues: le rocher semble reposer sur une base somme toute solide et ne tient donc pas si miraculeusement en équilibre (enfin pour être plus precise, le miracle tiendrait a un cheveu de bouddha glisse a cet endroit), il est assez petit et surtout, les femmes ne sont pas autorisées a emprunter la passerelle pour s’en approcher et aller le couvrir de nouvelles feuilles d’or. Triste constat: meme le bouddhisme qui semble pour beaucoup être la plus cool des religions est donc profondément sexiste.

Heureusement, la vue est superbe et nous réconcilie avec l’endroit, de meme que le spectacle des pèlerins ayant pour la plupart parcouru une longue distance pour arriver la et qui, en famille, font la sieste sur des nattes, prient ou viennent toucher/prendre en photo le peu d’occidentaux égarés ici. La redescente a pied est elle aussi un regal. Tout le monde nous salue en souriant sur notre passage. Meme les touts petits enfants secouent la main et on comprend que le “ aaaaagggggaaaaaaaa” qu’ils prononcent (bonjour en birman, c’est ‘mingalaba’) nous est destiné. Puis on nous demande systématiquement d’ou l’ont vient et on récolte au mieux un “bounchour”, au pire un “ummm” très sérieux assorti d’un regard perplexe, mais toujours le meme sourire accroche aux lèvres. Bien qu’il y ait des stands sur toute la route, les gens n’insistent pas pour nous vendre quoi que ce soit. Ils sont juste curieux et bienveillants. Et je les ai deja adoptes.

 

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Et les enfants laotiens crierent « sabaidee » en coeur

En bateau lent sur le Mekong

Un peu lassée des heures de bus accumulées au cours des derniers jours, c’est a bord d’un « slow boat » que je vis mes premières heures laotiennes. Il s’agit d’un long et étroit bateau a moteur, dans lequel une centaine de personnes prennent place dans des sièges de minibus. Et c’est parti pour deux jours au cours desquels l’activité principale se résume a regarder les paysages alentours. De temps a autre, l’embarcation s’arrête pour décharger/charger quelque chose et c’est l’occasion pour des troupes d’enfants des villages environnants de venir nous saluer depuis le rivage. Attendrie un peu trop facilement, je me verrai, des le premier arrêt, dans l’obligation de me séparer de mon régime de bananes fraîchement acquis. Malgré tout je sens que je vais aimer ce pays

Luang Prabang, fleuron de l’héritage colonial français

Luang Prabang est connue pour avoir conservé la grande majorité de ses bâtiments coloniaux. Je tombe sous le charme de cette ville des mon arrivée: de belles maisons en bois aux volets colorés, des ruelles pavées, des lanternes qui pendent aux arbres, le tout dans un dans un décor montagneux idyllique. Ici le français n’est pas dépaysé, il trouve des crêpes et des croissants a chaque coin de rue et n’a pas besoin de parler anglais puisque la quasi intégralité des panneaux est dans la langue de Molière. Les sacs a dos Quechua sont au moins aussi nombreux que les motos (si si, j’ai tout compté).

Depuis mon départ de Koh Lipe, je ne serai pas restée longtemps voyageuse solitaire car je fais désormais chemin avec Jean-Yves, un français croisé quelque semaines plus tôt en Thaïlande, et qui voyage a durée indéterminée. Le lendemain de notre arrivée, on décide de louer des vélos pour nous rendre a des cascades a une  trentaine de kilomètres de la ville. Jean-Yves a, quelques mois auparavant, parcouru une grande partie de l’Europe en pédalant;  c’est dire si je suis semée dès les premières minutes,  surtout que je m’arrête toutes les trente secondes pour prendre en photo les montagnes et rizières qui m’entourent. Là aussi,  on croise des ribambelles d’enfants assez régulièrement et certains traversent même la route pour venir nous taper dans la main avant de repartir en riant. Comme une impression d’être en tête de peloton pendant le tour de France..

Les cascades d’eau cristalline sont superbes et on a juste le temps d’avaler quelques crêpes et de parcourir Luang Prabang que le ciel décide de commencer à se déchaîner sur nos têtes.  La météo  n’annonçant rien de bon pour la  semaine a venir, la décision est vite prise de fuir vers le sud.  Et puis c’est pas comme si parcourir un pays du Sud au nord puis au sud en quelques semaines était ma spécialité 🙂

Les 4000 îles ou la vie au ralenti

A la frontière entre le Laos et le Cambodge, des milliers de petits îlots émergent du Mekong et sont le repère de dauphins d’eau douce. C’est devenu une des étapes incontournables des backpackers voyageant en Asie du Sud est. Avant d’y arriver, on a eu la brillante idée d’aller visiter les ruines d’un temple de l’autre côté de la rive,quelques cent kilomètres plus au nord. Les transports en commun étant une espèce rare dans le coin,  je m’offre ma seconde expérience d’auto stop, mais je suis confiante car accompagnée d’un expert, et pas des moindres.

La première laotienne que nous prenons pour une âme généreuse finira par nous réclamer vingt euros pour une course censée être gratuite. Nous avons plus de chance avec le second qui semble financièrement désintéressé. Cependant, une âme généreuse qui nous transporte sur cinq kilomètres dans un vieux camion-tracteur roulant au pas, ça n’arrange pas beaucoup nos histoires. Les troisièmes ont clairement des têtes de mafieux, ainsi que les chevalières qui vont avec. C’est pourquoi a la vue d’un aérosol sous le siège du passager avant, la parano que je suis y voit une bombe lacrymogène, et partant, sa dernière heure arriver a grands pas. Les quatrièmes sont de jeunes cambodgiens ignorant visiblement l’intérêt d’adapter la vitesse du véhicule a l’état de la route. Ce fera l’objet de pas mal de frayeurs surtout lorsqu’ a une pause  je vois mon sac a dos s’éloigner dans le pick-up et moi rester  toute bête sur le bord de la route (ils reviendront finalement cinq minutes plus tard et je retrouverai sain et sauf mon fidèle compagnon). Le cinquième et dernier combine la tête de mafieux et la vitesse indécente; il accomplira cependant l’exploit de nous mener a bon port sans avoir échangé un seul mot avec nous. On est récompensés de cette folle journée par la courte traversée en bateau; le ciel commence a rosir et le spectacle des buffles nageant entre les îlots verts tout autour de nous est superbe.

Sur les 4000 îles que compte (en théorie, car je pense que personne n’est jamais vraiment allé vérifier) l’archipel, seulement trois sont habitées. On choisit d’établir nos quartiers a Don Det, la plus animée d’entre elles, même si ce terme ferait doucement rire les îles thaïlandaises, vu qu’il y a seulement une dizaine de restaurants et bars dans un tout petit tronçon de rue et qu’ils ferment tous sans exception a minuit. La seule problématique qui occupe notre esprit en journée est de savoir si on prend a droite ou a gauche une fois montés sur nos vélos. De toute façon les deux routes se rejoignent et en une demi heure on a fait le tour de l’île et de sa voisine. Le soir le dilemme se complique un peu car l’on doit choisir sur lequel des trois spots on va contempler le coucher de soleil.

Comme partout au Laos, il y a de jolies cascades et les enfants continuent, a notre passage, de crier et de balancer les bras de manière acharnée. Et puis les français sont encore une fois en majorité. On sympathise avec des bretons et des perpignanaises et, a mon grand damne, on intègre un nouveau supporter du PSG, Geoffrey, dans l’équipe de voyage.

Boucle a moto sur les routes poussiéreuses du plateau des Bolovens

Seulement deux jours après avoir rejoint Don Det, on se sent déjà comme des lions en cage. On troque alors nos vélos contre des motos et partons a la découverte du plateau des Bolovens. Pendant presque trois jours, on passe dans des villages hors du temps, ou les laotiens se douchent et lavent leur linge dans la rivière, ou la route de terre est bordée par de toutes petites maisons en bois tordues et ou le karaoké bat son plein, quelle que soit l’heure de la journée. Et puis parce que sinon ce ne serait pas le Laos, on voit plusieurs cascades par jour et on fait des coucous aux enfants. Le point culminant est a plus de 1000 mètres, ce qui fait que les nuits sont fraîches et que les laotiens portent ici anoraks et bonnets. C’est une région qui est également réputée pour sa production de thé et de café. On choisit d’aller rencontrer un producteur un peu au hasard, en nous arrêtant a la première pancarte visible sur le bord de la route. Il ne parle que dix mots d’anglais mais parvient malgré tout a nous expliquer son activité et nous fait déguster l’un des meilleurs cafés du voyage. Jean-Yves, qui maîtrise quelques notions de thaï (langue proche du Lao), s’évertue a essayer de lui demander si les grains de café sont décortiqués a la main. La tentative est louable mais vue de l’extérieur, elle ressemble étrangement au troisième tour d’une partie de Times’up. Et puis la question de la mécanisation de la production restera en suspens…

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Longue vie au Roi !

La Thaïlande ne comptait pas parmi les destinations phare de mon voyage. Y ayant fait une (trop) brève incursion il y a quelques années, j’avais en tête l’image d’un pays dénaturé par le tourisme de masse, dans lequel j’allais nécessairement regretter le manque d’authenticité. Et pourtant, il y est assez facile de sortir des sentiers classiques. Des plages de sable blanc aux milliers de bouddhas assis couchés et debout, des ladyboys de Bangkok aux femmes girafes du triangle d’or, la Thaïlande s’illustre par une diversité naturelle et culturelle incroyable.

Bangkok en vélo a la locale

Ce qui est bien quand on a travaillé quelques années dans la solidarité internationale, c’est qu’on a des amis aux quatre coins de la planète. A mon arrivée a Bangkok, je suis royalement accueillie par Pauline, qui était ma collègue de bureau lors de mes débuts a la Croix-Rouge, et Jean-Philippe, son copain, qui a choisi de prendre une année sabbatique pour la suivre. Elle travaille sur l’agriculture biologique dans une association locale pendant que lu apprend le thaï fait de la cuisine et du bénévolat. Ils habitent une chouette maison d’un quartier non touristique et j’ai le luxe d’avoir deux étages pour moi toute seule!

Après avoir goûté mes premières padthai dans une petite échoppe de rue, le week-end end commence avec une conférence organisée par l’association de Pauline. L’invité de marque et orateur principal est Rajagopal, leader du plus important mouvement des sans terres en Inde, que j’avais rencontré a plusieurs reprises lorsque je travaillais à Paris pour Solidarité. Je pense qu’il fait semblant de me reconnaître en me disant, tout sourire, « you’re the one » quand je me présente a lui. Et ça nous fait rire tous les deux. Quelques clichés et anecdotes échangées plus tard, je me dis que le monde est vraiment petit et les coïncidences nombreuses.

Pauline et JP sont des cyclistes acharnés (ils sont d’ailleursà l’heure actuelle en train de regagner l’Europe a vélo); c’est donc tout naturellement a vélo que je (re)découvre Bangkok. Après le capharnaüm des grandes villes vietnamiennes, la circulation me parait étonnamment fluide, les taxis rose bonbon mignons comme tout et les automobilistes respectueux des autres espèces (alors que dans l’absolu, pour quelconque citoyen arrivant directement d’Europe, j’imagine que ce doit être vu comme un bazar sans nom).  Pauline m’emmène dans ses quartiers fétiches, loin des hordes de touristes qu’elle fuit comme la peste. Le dimanche matin, on va même faire quelques brasses dans une piscine de militaires et on fait un peu tâche dans le décor; surtout en maillot deux pièces quand la plupart des thaï se baignent tout habillés. La journée se termine par un concert en plein air dans un grand parc, événement hebdomadaire visiblement initié depuis le précédent anniversaire du roi. Autour de nous, la majorité des gens portent un t-shirt jaune, comme symbole de respect envers le roi et la monarchie. Respect ou culte? C’est surprenant de voir la moindre boutique ou habitation de la moindre rue arborer au moins une photo grand format du roi – lorsqu’il était dans son plus bel age bien entendu  car aujourd’hui il a plus de 80 ans et est visiblement bien mal en point. Encore plussurprenant de voir les collègues de Pauline qu’elle a invitées a dîner regarder partout autour d’elles (afin de s’assurer  que personne ne soit susceptible de les épier, enregistrer et dénoncer) avant d’entamer une discussion sur la monarchie dans le pays. En effet, chaque semaine, des cas d’emprisonnement pour crime de lèse Majesté sortent dans la presse.

Au sortir de ces quelques jours à la thai à manger du riz gluant pour apaiser le feu provoqué par la cuisine pimentée et à me demander ce que JP peut bien raconter à ses voisins lors d’une partie de ping pong improvisée dans la rue, on met une touche française dans notre réveillon de noël: du vin rouge, des crêpes et des étoiles clignotantes sur les bougainvilliers.

Baptême d’éléphant a Chiang Mai

Le 25 à l’aube, à l’heure où les coqs entament le dixième rappel de réveil, me voila partie pour rejoindre, dans le nord du pays, Marjolaine, une autre ancienne collègue Croix-Rouge expatriée au Laos depuis un an. Pendant les treize heures de trajet, le son des clips et séries diffusés sur les télés du bus est tel que même avec les boules Quies, j’ ai l’impression d’être en boite. Les thaï eux, semblent trouver cela normal et la majorité dort d’un profond sommeil ou se marre devant l’écran en mangeant des graines de tournesol.

Le tourisme a Chiang Mai s’est développé a une allure folle au cours des dernières années. Le centre ville n’est d’ailleurs qu’une concentration d’hôtels, de salons de massage et agences de voyage; ce qui n’exclut pas de tomber par hasard sur la prière du soir des moines dans un petit temple caché. Une des excursions courantes de la région est de se rendre au triangle d’or et d’aller visiter des villages habités par les minorités ethniques. Nous ne dérogeons donc pas à la tradition et allons prendre une photo là où Birmanie, Laos et Thailande se rejoignent en formant un triangle (« or » faisant allusion à la lucrativité du commerce de l’opium dans la zone depuis les années vingt). Puis nous allons à la rencontre des « femmes girafes », ethnie dont les représentantes sont connues de par les nombreux anneaux en metal qu’elles portent autour du cou, donnant l’impression que ce dernier s’allonge au fil des années. Même si le fait qu’une dizaine de cars de touristes s’arretent dans les mêmes villages en même temps donne tout son sens au concept de « zoo humain » c’est interessant de pouvoir observer et comprendre cette coutume qui ne perdure pas seulement dans un souci de donner du folklore au touriste de passage. Quoiqu’il en soit, après ce bain de foule, je ne suis pas mécontente de partir en trek dans une région plus à l’écart des sentiers classiques. Dans notre équipe de promenade, d’autres français (c’est tellement systématique que je ne m’en etonne même plus), des suisses, des danois et un guide thai qui parle très peu l’anglais mais se passionne pour les araignées. Au milieu de la jungle, au moindre trou apparent, il sort sa brindille pour tenter d’en faire sortir l’occupant,lequel est d’une taille généralement assez significative pour nous rendre très précautionnaux le soir venu, au moment de fermer notre moustiquaire 🙂 Le deuxième jour, on abandonne la marche à pied pour commencer la journée par du « bamboo rafting »; une embarcation sommaire qui prend l’eau de toutes parts à chaque rapide de niveau 0,5 🙂 Les premiers moments sont assez drôles mais au bout de trois heures, on commence à s’ennuyer sérieusement et on n’est pas mécontent de retrouver la terre ferme. Surtout que nous y attendent nos montures éléphantesques et que ça a beau être l’attrappe touriste par excellence, c’est tout de même chouette de traverser la foret en hauteur, en se balançant derrière d’enoooormes oreilles grises.

Cocktails et mer turquoise à Koh Lipe

Etant donné que j’ai décidé d’écarter toute logique dans la construction de mon programme thailandais, je redescends dans l’extrême sud quelques jours après être montée dans le nord, pour fêter le réveillon avec Lisa, copine marseillaise en exil à Singapour, et trois de ses amis.

L’île de Koh Lipe est tout près de la frontière malaisienne. Pour s’y rendre, on doit d’abord passer par Hat Yai, où je découvre encore une Thailande différente de la précédente. La religion principale est l’Islam et dans la jeep me conduisant au centre ville qui n’en est pas un, je suis la seule femme non voilée. Je pense même que je suis la seule femme occidentale dans la ville. En plus du fait d’être la seule touriste dans mon hôtel (décidément je suis une perle rare à Hat Yai). En discutant avec le réceptionniste qui est la seule personne agréable à qui j’ai parlé (promis j’arrête avec le mot « seul »), j’apprends que c’est le lieu de villégiature privilégié des malaisiens qui viennent y faire des courses et trouver des filles à coût réduit. Ambiance… Au bout de quelques heures d’acharnement pour trouver des occupations ou, à défaut, des locaux accueillants, je capitule et finis de me convaincre qu’il vaut mieux réserver mon énergie pour le réveillon du lendemain. Au moment de quitter la ville, ma mauvaise impression de la veille se confirme en voulant prendre le bus pour rejoindre l’embarcadère. Les personnels des différentes compagnies semblent s’être donné le mot et tous refusent de me vendre un billet, pretextant qu’il me faut leur acheter la traversée en bateau qui va avec (traversée que j’ai déja réservée et payée sur Internet). J’ai beau faire ma plus belle moue de détresse, rien n’y fait. Même le chauffeur de moto-taxi à qui je demande le prix de la course pour me rendre à une station de bus où quiconque voudra bien m’emmener sans que je n’aie à acheter le bus en cash, un tour du monde en mongolfière ou une assurance vie, s’est ligué à la troupe des méchants. Après m’avoir proposé un tarif à peu près équivalent à cent fois celui du marché, il me dit que si je ne suis pas contente je n’ai qu’à y aller à pied, assorti d’un « happy new year » en me tirant la langue.

C’est donc avec une joie manifeste que cinq heures plus tard, je débarque enfin sur l’île, retrouve la joyeuse bande singapourienne et prends mon premier bain de mer depuis le début du voyage. On fera le décompte des douze coups les pieds dans l’eau en chantant du Ballavoine et Johnny Halliday ( probablement la faute aux cocktails vodka-coco-piment-citronnelle) et passera la première journée de 2015 à lire et relire les horoscopes bidons proposés par Elle et Marie-Claire, astrologues réputées, le tout sur une plage paradisiaque. Les premiers jours de repos total depuis le début du voyage, sans bus à attraper ni visite à planifier. Des vacances dans les vacances en somme 🙂

Au moment de remonter pour la énième fois vers le nord direction le Laos, je fais mes adieux à la Thailande en vivant – enfin, depuis le temps que l’on m’en parle- mon premier hymne national. Il est 18h dans la gare routière d’Hat Yai quand tout le monde s’immobilise et se lève, arrête sa conversation en cours et porte la main sur son coeur. Oh temps suspend ton vol à la gloire de la nation thailandaise, pendant que moi je continue de décider si je dois faire semblant de chanter avec eux, chercher le portrait du roi pour m’agenouiller devant ou attendre perplexe que chacun reprenne ses activités, deux minutes plus tard.