Dépaysement dans le Sichuan

L’arrivée à Chengdu est un peu morose ; il pleut des cordes et nous avons perdu au moins dix degrés par rapport à Hong Kong. L’achat des billets de bus pour rejoindre le centre ville se révèle être un casse tête. Après trois semaines hors de Chine continentale, on avait presqu’oublié que la maitrise de l’anglais basique pour les touristes désorientées que nous sommes y est encore perfectible !

L’arrivée au mix hostel me remonte le moral ; une ambiance chaleureuse, des lampions rouges comme je les aime accrochés un peu partout et puis trois couples de français adorables, ayant à peu près le même itinéraire que nous. Je passerai les jours suivants en compagnie de l’un d’entre eux, Emilie et Simon, montpelliérains d’adoption.

Une demi journée avec les pandas

Le lendemain de notre arrivée, je me lève aux aurores pour aller gambader avec Emilie et Simon dans la seule réserve de pandas au monde. Nous sommes au pied de guerre à 6H50 et partons sans attendre que le brouillard veuille bien tomber. Confiants d’être parmi les premiers, nous constatons devant la grille de la réserve qu’une trentaine de chinois nous a encore devancés. Qu’à cela ne tienne, nous courons avec eux pour ne pas manquer le réveil de l’effigie de la province du Sichuan. Réveil qui se fait attendre : presque partout où nous allons, nous ne trouvons que le personnel en bottes et ciré, affairé à nettoyer et ravitailler les enclos en bambous. Les pandas roux se réveillent les premiers. On ne sait toujours pas à quoi ces derniers doivent leur titre de pandas car ce que l’on a en face de nous semble être un croisement entre un renard et un raton laveur. Mignon tout de même. Puis nous voyons enfin notre premier « vrai » panda, qui sort nonchalamment de son abri nocturne pour venir s’asseoir en face de nous et nous offrir, tel un roi à sa cour, le spectacle de son petit déjeuner. On est partagés entre rires et attendrissement devant ce qui ressemble à un adolescent avachi devant la télé (beaucoup de pandas mangent presque allongés sur le dos!) en train de dévorer plusieurs paquets de mikados. C’est tout simplement génial. Certains montent aux arbres et semblent avoir des difficultés à en redescendre, d’autres se chamaillent gentiment. Le panda est un animal assez passif à tous points de vue, il passe environ la moitié de sa journée à mastiquer du bambou et l’autre à dormir. Il a une très faible activité sexuelle à tel point que dans la réserve on force sa reproduction à coup de fécondations in vitro. Le clou du spectacle après quelques heures d’émerveillement (et un léger ras le bol du flot de chinois maintenant en masse sur le site qui hurlent et se donnent des coups de bâtons à selfie) : la nurserie où dorment à poings fermés une dizaines de bébés pandas, âgés d’à peine quelques mois.

 

Le graaaand buddha de Leshan

 Maintenant accoutumée aux réveils matinaux, je renouvelle l’expérience le lendemain pour me rendre à Leshan, en théorie à deux heures de Chengdu, en pratique à plus de quatre heures. On y trouve l’une des attractions principales du Sichuan, un buddha de soixante dix mètres de haut, sculpté à même la roche. Fruit d’un caprice d’un moine il y a plus de mille trois cent ans, il visait à protéger la vallée des inondations fréquentes. Cela a visiblement fonctionné et c’est aujourd’hui un lieu de pèlerinage important dans toute la Chine. Comme la veille, il nous faut jouer des coudes pour gagner nos dix centimètres d’espace vital et faire quelques clichés de sa majesté, dont les orteils font près de six mètres de long. Il y a un embouteillage monstre dans le petit escalier en colimaçon qui nous permet de passer de la tête aux pieds. En chemin, plusieurs chinois nous demandent de poser sur leurs photos. C’est désormais notre quotidien, pauvres stars occidentales à notre insu, dans cette région de Chine où les touristes étrangers se font encore relativement rares. Une fois le bain de foule passé, nous nous éloignons pour visiter les temples attenants et tombons sur un groupe de moines en train de chanter des cantiques. Le spectacle visuel et auditif est assez émouvant et je regrette de ne pouvoir filmer ces prières lancinantes.

 

Vis ma vie de touriste chinois

 Nouvelle escalade dans l’heure du réveil : 3h30 le lendemain, direction Jiuzhaigou, un parc naturel au nord de la province. Toujours accompagnées d’Emilie et Simon, ainsi que de Benjamin, un américain de l’Alabama rencontré en chemin, nous avons , pour des motifs économiques ainsi que d’acculturation, choisi de faire l’expérience du tour organisé chinois. Vous vous êtes toujours demandé ce que ça faisait que de se retrouver au milieu d’un car rempli de chinois, les vrais de vrais avec leur(s) appareil(s) photo, suivant le guide qui a micro et parapluie de ralliement intégrés ? Et bien nous l’avons testé pour vous.

Etre touriste chinois c’est d’abord poireauter entre 4h et 5h du matin sur un boulevard, en mangeant des œufs durs et en achetant des coussins gonflables. C’est ensuite, lorsque le car pointe enfin le bout de son nez, courir à toute allure, au risque de se faire écraser, pour dépasser ses compères et monter en premier (quand bien même il y a au moins dix places de plus dans le car que de passagers). Nous restons interloqués et prenons sans rechigner les places du fond. C’est parti pour 10 h de trajet. Le guide parle (hurle ?) régulièrement dans le micro et doit certainement dire des choses extrêmement passionnantes, dont nous ne saisissons évidemment pas la moindre bribe ni même idée globale du contexte. De temps en temps, il va jusqu’à pousser la chansonnette. Mon voisin de gauche est séduit et s’en donne à cœur joie pour reprendre à tue tête les refrains et applaudir. Ensuite, il crache dans un seau, mais je ne sais pas vraiment si je dois en tirer un lien de cause à effet. Nous nous arrêtons pour déjeuner à 9h30 (comme on est levés depuis plus de cinq heures on fait comme si  c’était une heure honnête pour le déjeuner). Nous dévisageons les plats arriver sans pouvoir identifier leur nature. Je goute un champignon gluant et ce que je pense être une nouille avant d’essayer de recracher le tout discrètement dans mon bol. Je me console avec le riz, là au moins il n’y a jamais de mauvaise surprise. Dans l’après midi, nous arrivons au premier parc naturel où de jolies cascades nous attendent, puis continuons notre route vers notre hôtel, à l’entrée du parc de Jiuzhaigou. La chambre que nous partageons avec Emilie nous paraît luxueuse au premier abord, avant que nous ayons le malheur de vouloir déplacer quelques meubles. Partout des tas de poussière accumulés depuis des années et des entrelacs de fils dénudés. Nous réaliserons vite que le seul luxe de la chambre tient au matelas chauffant, invention que nous trouvons géniale alors quand c’est l’unique source de chaleur et qu’il fait moins de cinq degrés à l’extérieur.

En début de soirée, nous avons droit à ce qu’on comprend être un show tibétain (le Tibet n’est qu’à quelques centaines de kilomètres du parc et l’influence dans les rites et l’architecture des villages est assez notable). En réalité, c’est une vaste blague avec des pseudo cérémonies et une chinoise avec une casquette de panda rose qui chante plus que faux et finira par nous inviter à danser sur de la techno Sichuannaise !

Le diner est à la hauteur du déjeuner : infect. Le riz est mon meilleur allié.

Après une fin de soirée à jouer aux dés et aux cartes avec nos amis français et américain et une nuit à se demander si l’heure n’est pas venue pour nous de finir électrocutées, nous retrouvons notre guide braillard et nos voisins cracheurs pour aller à l’assaut du parc. La journée est alors un émerveillement continu : des lacs aux mille nuances d’eaux turquoises, des forets vertes, oranges et rouges s’y reflétant comme dans un miroir, des cascades sur fond de sommets enneigés. Les mots nous manquent à chaque nouvel arrêt : pour Benjamin, l’américain, c’est « hogwild » (comprendre « cochon sauvage », l’équivalent de notre « oh la vache »), pour Simon « ça claque la cha… » (censuré par l’auteur). Pour tous, c’est du jamais vu et nous ne voyons pas le temps passer. Un second show nous attend en fin de journée, un peu plus professionnel cette fois, avec des chanteurs chantant un peu moins faux et des dragons dansants. En réalité, nous sommes davantage séduits par l’objet que nous avons à notre disposition pour applaudir (trois petites mains en plastique verte, rouge et jaune, reliées entre elles) que par ce qui se passe sur scène.

Malheureusement pour nous, le tour ne prévoit qu’une journée dans le parc et nous reprenons notre bus le lendemain – aux aurores vous l’aurez deviné. A nouveau près de dix heures de trajet : il gèle (au sens propre) dans le bus, le guide chante, le voisin crache, j’adore le riz, on me bouscule, les paquets de souvenirs s’accumulent dans les couloirs. Pas de doute, je suis toujours dans un car de touristes chinois.

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2 thoughts on “Dépaysement dans le Sichuan

  1. Je me suis bien amusée, Justine, à la lecture de ton expérience de touriste chinoise! Merci pour ces magnifiques photos que nous admirons douillettement installés dans notre lit. Une question : la qualité des photos nous épate : Est-ce que vous les prenez avec vos téléphones? Et une réclamation (oui on aura tout vu) : pas de photo des bébés panda??
    Continuez vos chroniques toutes les deux, on devient accro!

    • On a un appareil et un téléphone mais je pense que la qualité des clichés tient surtout des photographes :p . Marie doit avoir des photos des bébés en stock. La batterie de mon appareil ayant décidé de m’abandonner avant de les avoir vus!

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