« I’ve been through the desert on a horse with no name »

Lundi matin, il n’est pas encore 5h quand le réveil sonne. Une excitation peu commune m’envahit depuis la veille: c’est aujourd’hui qu’arrivent Romain et Elsa! Qui aurait pensé un jour que j’irai les chercher à l’aéroport d’Ulaan Baatar?  Quelques cafés et fous rires plus tard, nous prenons la route pour le désert de Gobi.

Nous sommes une équipe internationale composée de trois hollandais, deux danois, un anglais et quatre français, deux chauffeurs, deux guides, et tout un tas de duvets dans deux vieux vans surchargés . A peine une demi-heure après avoir quitté Ulaan Baatar, nous disons au revoir à la route asphaltée et bienvenue aux chemins de terre, caillouteux et bossus à souhait, que nous ne quitterons dès lors plus pendant une semaine. Cela nous fait beaucoup rire pendant les premières heures, lorsque nous nous retrouvons propulsés sur les genoux de notre voisin, nous tapons la tête contre le plafond du van, ou poussons des cris improbables à chaque passage d’un creux un peu plus profond que les autres.

Le paysage autour de nous est désertique (on s’en doutait) et les couleurs extraordinaires. A la fin de la première journée, nous croisons nos premiers chameaux. Hystériques et voulant systématiquement les prendre en photo, nous faisons arrêter le van régulièrement, avant de comprendre qu’il y en a une famille tous les vingt mètres environ.

Nous passons notre première soirée et nuit entassés dans le salon d’une famille, elle même entassée dans sa minuscule cuisine pour l’occasion. La vodka aide à délier les langues, nous jouons aux cartes, faisons plein de contre sens et dialogues de sourds en anglais et Romain entreprend d’expliquer à Bagi, notre chauffeur, que le roquefort est bien meilleur que le gouda. Il y a plus facile pour tenir sa première conversation avec un mongol. Ceci-dit il s’en sort plutôt bien (ou Bagi feint assez bien l’intérêt et la compréhension, au choix).

Chaque jour qui passe, c’est un festival de couleurs et paysages différents: des mini grands canyons (ce qui donnerait donc des moyens canyons), des montagnes sculptées par le vent aux couleurs ocres, rouges et violettes, des vallées ayant des airs d’Ardèche (selon Elsa), des familles de pierre difformes et toujours beaucoup de steppe.

En milieu de semaine, point d’orgue du séjour, nous arrivons à la plus grande dune de sable du pays. Et là, nous nous sentons soudain  propulsés ailleurs et dans un autre temps: partout autour de nous du sable et quelques oasis.  Il doit faire plus de 25 degrés et seuls les yourtes de notre famille d’accueil nous rappellent où l’on se trouve. Après notre baptême de chameau où Marie est menacée par les dents de celui qui la suit et Elsa hésite à descendre du sien à chaque pas ou bruit suspect (qui a dit que c’était bête et gentil un chameau?), nous commençons l’ascension de la dune pour aller voir le coucher du soleil. L’expérience est éprouvante, chaque pas est une lutte et au bout de quelques mètres nous avons déjà du sable jusque dans les oreilles et des crampes aux mollets. Mais le jeu en vaut la chandelle: une fois arrivés en haut, le spectacle est magique, une vue sur toute la dune de sable non foulé et les montagnes alentours. Comme des enfants, nous nous amusons à sauter dans le sable, et descendons, certains en roulant, d’autres en courant, avant de regagner notre yourte, avec des étoiles pleins les yeux.

Mais la journée idyllique n’est pas finie. Comme chaque soir, nous passons beaucoup de temps, une fois la nuit tombée, à contempler les ciels, toujours majestueux. Les étoiles nous paraissent être plus près de nous que jamais, les vœux fusent à la lueur de celles qui filent, la voie lactée est superbe. Interpellés par une ombre sur la lune alors que le ciel est sans nuages, nous réalisons, après quelques minutes de conversation pseudo astronomique aux fondements fragiles (« c’est possible que le soleil passe devant la lune? mais non sinon il ferait jour. Ah oui. Mais alors qui de la lune ou de la terre tourne autour de l’autre? Je m’en fiche je suis bélier moi« ), nous réalisons que nous sommes en train d’observer une éclipse lunaire. C’est tout simplement magique (n’ai- je pas répété ce mot une dizaine de fois?); nous restons là, imperturbables, malgré le froid revenu et le manque de sommeil accumulé.

Sept jours plus tard, de retour dans la capitale, la douche n’est pas si appréciée que prévu et le tumulte de la rue déstabilisant. Notre esprit est certainement encore en train de flotter au dessus des dunes et des chameaux.

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