Bienvenue en Mongolie

Une dernière bise a la énième statue de Lenine, quelques heures dans un bus dont quatre à poireauter a la frontière et nous voilà en Mongolie. Rapidement, la steppe monopolise l’espace; il est peu commun de traverser un paysage aussi desertique sur une longue duree. Parfois une yourte, une demi heure plus tard une maison en bois; .Mais le plus souvent, pas une ame. La capitale, Ulan Baatar, compte 1,5 millions d’habitants, soit près de la moitié de la population nationale. C’est une ville étrange, pas vraiment moche mais affreusement polluée, et à la diversité architecturale extrème. Elle mélange le style soviétique aux buildings très modernes, prend parfois des allures de ville russe ou de station de ski avec ses montagnes souvent enneigées et ses barres d’immeubles peu esthétiques. Sur la place principale, on peut louer des voitures à pédales pour enfants ou des tandems. Les longues jambes de Marie étant réticentes pour tester la première option, nous optons pour la seconde et partons souriantes sur notre bolide vert et jaune, zigzagant entre mongols et statues. Outre quantité de vestiges de la période socialiste (immeubles grisatres et imposants), on trouve dans la ville beaucoup de temples bouddhistes. Si on arrive à comprendre les horaires d’ouverture et de cérémonies (ce sur quoi nous avons lamentablement échoué jusqu’à présent), on peut observer les moines prier. Coincée géographiquement entre la Russie et la Chine, la Mongolie semble à plusieurs niveaux etre sous l’influence de ses deux monstres de voisins. A quelques caractères cyrilliques près, l’alphabet mongol est le meme que le russe. Chouette pensais-je à mon arrivée, je vais pouvoir mettre à profit mes maigres connaissances difficilement acquises au cours de ce premier mois de voyage. Point du tout, la langue n’a rien à voir. Ici, on voue un culte à la lettre « a »; on la double, on la triple, bien que ca ne rapporte pas beaucoup de points au scrabble. La quasi totalité des prénoms, masculins ou féminins en comporte au moins une. Le mot merci en a six pour lui tout seul. En théorie, ca donne quelque chose d’imprononcable pour nos palais francais. En pratique, on s’en tire généralement plus ou moins bien avec un « blaaaaaa », et on fait sourire nos interlocuteurs, á défaut d’obtenir leur admiration. Pour notre première escapade rurale, nous avons choisi le parc naturel Gorki-Terelj, à quelques dizaines de kilomètres d’UB (appelez la capitale par ses initiales et vous passerez- peut etre- pour un local). L’occasion pour moi de faire l’expérience de la yourte et la difficile épreuve, pour mon hyperactivisme, d’apprendre à ne rien faire de ses journées. Les yourtes de notre famille sont plutot tout confort: à l’intérieur de vrais lits, une cuisine équipée avec congélateur et meme une antenne pour que les hommes puissent regarder les clips sur MTV, pendant que les femmes épluchent des pommes de terre. Petite aparté à ce sujet. Ma tentative de conscientisation sur les inégalités de genre a été tuée dans l’oeuf lorsque j’ai demandé à la maitresse de maison, après avoir proposé mes services pour aider à éplucher des légumes, pourquoi son mari nous regardait sans rien faire. Elle a explosé de rire, lui aussi, avant de hausser les épaules en disant « I’m the boss » (merci, c’est noté tu peux retourner devant ta TV)… La compréhension du modèle familial mongol s’avère aussi difficile que la correcte prononciation du mot merci. Il y a dans notre famille d’accueil, un petit noyau dur de trois femmes, dont nous ignorons les liens de parenté et à chacune de nos entrées dans la cuisine, un homme différent. Il y a aussi une espèce rare: le petit garcon monstre.  Agé de deux ans, il a des couettes (ici tous les enfants en bas age ont des couettes, ce qui rend laborieuse l’identification de leur sexe pour un oeil non aguerri) et sa principale occupation consiste à nous lancer des cailloux ainsi qu’à martyriser les chats, en les jetant violemment ou en essayant de leur coincer la tete dans la porte. On a pensé un temps mettre une vidéo de ses méfaits sur youtube pour obtenir son incarcération puis on s’est résignées, craignant que les agents de la Cour Pénale Internationale ne refusent de faire le déplacement. Si au niveau dépaysement culturel, je suis comblée, au niveau culinaire, je souffre beaucoup. Ce sournois de mouton se cache dans tous les plats et les légumes semblent avoir fui le pays en réaction à la chute du régime socialiste (ou plus plausiblement parce qu’avec une température annuelle moyenne de -2 degrés, rien ne pousse ici). En attendant de partir à l’assaut du désert de Gobi avec du renfort marseillais (youpiiii), je mange donc du chou et des pommes de terre et essaie d’apprivoiser vaches, chevaux et mulots.   DSCN4582 DSCN4579 DSCN4570 DSCN4566 DSCN4564 DSCN4563 DSCN4558 DSCN4557 DSCN4554 DSCN4553 DSCN4553 DSCN4545 DSCN4537 DSCN4535 DSCN4533 DSCN4530 DSCN4526 DSCN4524

6 thoughts on “Bienvenue en Mongolie

  1. Serieux? C’est quoi ces sales gosses? Juju, coince lui la tête dans le poele, on va voir qui fera le malin! Et bien sur, profite en pour prendre une photo du chat et nous l’envoyer – une fois sauvé!- En tout cas vous vendez du rêve avec vos photos! Bisous. -M-

  2. Plus de 5 semaines que vous êtes parties : bon anniversaire et franchement bravo, et surtout merci pour votre journal à deux voix qui est vraiment un régal à lire, et pour vos photos qui sont effectivement magnifiques.
    Pour que je sois comblée est-ce qu’on pourrait avoir un petit signe de vie? Pas de nouvelle depuis samedi, mon neo cortex a beau savoir qu’on ne capte pas forcément internet dans le désert, mon pauvre cerveau limbique commence à m’envoyer des signaux de stress. Merci d’avance pour un petit coucou quand vous pourrez!

  3. Justine, quand je t’imagine en train de parler mongol, je vois Joey Tribiani qui parle espagnol 🙂
    C’est trop beau la Mongolie ! Je rajoute sur ma liste de pays à visiter.
    Gros bisous

  4. Merveilleuses photos qui me rappellent d’excellents souvenirs:j’ai passé douze jours en Mongolie avec ma fille.Les temples, les nuits sous la yourte, les chevaux, le mouton, sur pied ou dans l’assiette ! L’accueil des nomades khazaks et mongols, un véritable plaisir…..
    C’était en Juin dernier.
    Mon rêve, retourner à U B cet hiver.

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