Péripéties et nouveaux amis sur l’île d’Olkhon

Chapitre 1. Duel sur l’ile. Vélo : 1, Justine : 0

Tout avait pourtant si bien commencé. Un trajet dans la voiture de Serguei, russe d’une quarantaine d’années, sympathique et cultivé, habitant l’île depuis 9 ans, qui nous complimente sur nos « yeux de bébés phoques » (cela dit, comment ne pas douter de la sincérité des propos de quelqu’un qui dit avoir rencontré son épouse dans le cimetière russe de sainte Geneviève des bois ?!?).  A bord, une équipe de passagers 100% française : Nicolas, photographe vivant sur l’île et Xavière et Julie, parisiennes rencontrées à Irkustk et copines de voyage jusqu’à la Mongolie.

Malgré les 5h de route pour rejoindre l’embarcadère,  le périple passe à vive allure, nous bavardons, rions et contemplons  le paysage qui passe des forets de bouleaux et mélèzes aux steppes et collines habitées par des chevaux sauvages. Nous prenons beaucoup de photos à travers le pare brise aux 1001 trous de Serguei, toutes foirées il va sans dire, mais nous sommes tellement excitées que nous nous extasions sur une fourmi rouge où un chemin mal débroussaillé. C’est alors que nous apercevons un coin de bleu étincelant à l’horizon.  Enfin, il est là le lac Baikal, point d’orgue de notre séjour en Russie, majestueux, lumineux et vraiment impressionnant. Dix minutes de bac plus tard et nous voilà sur l’ile, où nous prenons nos quartiers chez Nikita, auberge pionnière dans le développement du touriste sur Olkhon. Nous passons la soirée à redemander des délicieuses brioches à l’une des serveuses du restaurant, à écouter un concert de guimbarde autour d’un feu et à jouer à la contrée.

Après une nuit mouvementée par la visite d’une souris dans notre chambre (et les longues tergiversations qui en ont suivi sur le plan d’action à adopter pour faire fuir l’ennemi), nous sommes fin prêtes pour notre escapade à vélo.  Nous partons pour 2 jours, 90 km,  longerons toute la côte ouest puis dormirons à la station météorologique sur la côte est (la plus sauvage)  avant de regagner Khoujir, le hameau principal.

Partir est finalement la seule chose du programme que nous avons réussi à faire. Au bout d’une heure et demi, la roue arrière de mon vélo commence sérieusement à faire des siennes.  Si j’avais jusqu’alors attribué ses mouvements à mes difficultés à rouler dans le sable en montée (ce qui revient à peu près à reculer) je dois me résoudre à l’évidence ; à la prochaine descente elle va vraisemblablement se décrocher et je vais finir à faire de la haute voltige à 10 mètres au dessus du Baikal. Avec Marie, nous tentons d’utiliser toutes les pinces et clés possibles mais les choses ne font qu’empirer, ce sont maintenant les rayons qui se décrochent un à un ; un vrai cauchemar. Après avoir essayé en vain de héler des camionnettes qui nous contournent (selon Marie involontairement, selon moi, sciemment, mais à ce moment de l’histoire, je commence à être vraiment en mode schtroumpf grognon, peu objective et  facilement irritable) nous allons nous rafraichir/congeler les idées dans le lac  (10°).  Puis décidons de rentrer en vaincues en trainant mon vélo à tour de rôle pendant près de deux heures, avant d’appeler Nicolas à la rescousse, qui vient gentiment nous chercher dans son Uaz. Pour les néophytes que vous êtes et qui pensez qu’en Russie il n’y a que des Lada, Il s’agit d’un véhicule improbable, bruyant et tape cul,  qui risque de tomber en miette à chaque nid de poule, qui paraît avoir 150 ans lorsqu’il en a 12, et qui était surement utilisé pour transporter les méchantes personnes vers le goulag à l’époque soviétique, en espérant qu’elles meurent de frayeur en chemin ;).

Conclusion : moi j’aime pas Olkon d’abord. Ni les vélos. Et les brioches, elles sont pas si terribles.

 

Chapitre 2.  Quand le vélo est cassé, mieux vaut prendre ses pieds (et faire la danse des canards).

Tout avait pourtant si mal commencé. Après le petit déjeuner, je renverse l’intégralité de ma gourde fraichement remplie dans mon sac de promenade.  C’est parfait, ma mauvaise humeur m’avait manquée.  Et puis je crois que j’avais secrètement envie d’une surprise pour fêter nos trois semaines de voyage.

Nous partons avec Marie, Xavière et Julie faire une promenade sur la côte que nous n’avons pas réussi à voir la veille, celle de la « grande mer ».  Effectivement après 45 minutes de tape-cul et une marche dans la forêt qui a ici complètement revêtu ses habits d’automne, nous nous retrouvons face à une étendue d’eau spectaculaire, qui ressemble fortement à la mer, tant on ne voit rien d’autre à l’horizon que de l’eau, toujours de l’eau. Seul le fait que les vaches viennent s’y abreuver nous rappelle que c’est un lac. Hier mer d’huile, il est aujourd’hui beaucoup plus agité. Nous nous félicitons d’avoir fait notre bain la veille quand nous marchons à flanc de falaise contre vents et … laquées ? (aucune allusion au canard du titre). Un pique nique nous attend à notre retour avec une soupe de poisson faite par notre chauffeur. En subissant les « sluuuuuuurp » et braillements incessants de nos voisins chinois, j’ai de plus en plus de mal à imaginer comment je vais bien pouvoir les supporter pendant plus d’un mois prochainement  (et je lis la même pensée dans le regard de Marie :p).

Nous revenons au village voir le traditionnel coucher de soleil que nous avions jusqu’alors snobé. Fabuleux spectacle dont ne témoignent malheureusement pas mes photos, malgré avoir utilisé tour à tour toutes les options du menu. Le diner se passe sur fond d’accordéon joué par un vieil homme russe. Tout fier de nous annoncer qu’il connaît une « french folk song », il se met à nous jouer la danse des canards, en nous sommant de venir faire une démonstration. Presque tout le monde se défile mais Julie et moi n’y coupons pas : on se retrouve donc à se secouer le bas des reins et faire coin coin sous le regard amusé des russes et chinois de la salle (et empathique des autres français).

 

Chapitre 3. Peinture, banya et vodka

Nous avons maintenant  quatre nouveaux amis sur l’île : Mathieu et Sophie, des belges (« quoi çaaa ? » des belges :p), et Chloé et Jérémie, des français.

Ce matin, nous sommes allées aider Serguei (alias le barbu du chapitre 1) à peindre la barrière de sa nouvelle maison. Il a commencé depuis plusieurs années à instaurer un système d’entraide en accueillant des voyageurs en échange de services. Et nous avons mis notre tout petit pinceau à l’édifice, sous l’objectif d’un couple de chinois qui a adoré nous prendre en photo dans cet exercice. Pendant ce temps là, Marie préfère aller à la rencontre des marins d’Olkhon sur le port.

Nous avons ensuite fait l’expérience de la banya, le sauna russe. Une petite bicoque sur la plage ressemblant à une roulotte est alimentée par du bois. A l’intérieur, nous six et des pierres chaudes. Toutes les dix minutes, nous sortons en trombe nous jeter dans le Baikal avant de revenir suer à grosses gouttes et nous fouetter avec des branches de je ne sais quoi. C’est une chouette expérience et nous avons maintenant artères revigorées, peau douce et quelques traces rouges un peu partout sur notre corps raffermi.

En soirée, la petite fille d’un couple de français faisant le tour du monde nous avait imploré de jouer au loup garou. Nous nous accomplissons donc et Marie, la sorcière, met en place un plan diabolique pour liguer les uns et les autres contre moi et me tuer dès les premiers tours.  Elle mourra peu de temps après et c’est bien fait pour elle.  Sortie du jeu, je noie mon chagrin dans de la vodka au miel et au poivre.

La soirée ne se termine pas sur une danse des canards mais le déboitement d’épaule de notre copine Xavière, alors que nous avions inventé une superbe chorégraphie spontanée. Heureusement qu’on a une ostéo dans l’équipe; en deux temps trois mouvements, l’épaule est remise et Xavière, mi jaune-mi verte part se coucher pendant que nous finissons notre vodka sur la dune en regardant les étoiles.DSCN4506

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4 thoughts on “Péripéties et nouveaux amis sur l’île d’Olkhon

  1. Vous avez donc renoncé à faire la balade à vélo?
    Tu peins les barrières avant de tondre les moutons…

  2. Je ne sais pas si ça peut apporter de la véracité aux propos de Serguei mais je confirme en tout cas qu’il existe bien un cimetière russe à Ste Geneviève des Bois !
    Merci pour ce super récit dépaysant et bonne continuation à vous !

  3. Le Bakail et surtout Olkhone est plus impressionnant lorsqu’il est gélé ! Mais c’est de toute beauté, je le confirme. Comment va Nicolas, le photographe ?

    Thomas – Le coloc à Steph. R.

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