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Casse tête russo-chinois : l’enfer des visas

Moi qui pensais qu’il n’y avait qu’une forteresse, l’européenne, et que j’avais la chance d’avoir la nationalité d’un de ses pays, les grands manitous des modalités migratoires russes et chinoises viennent de me prouver le contraire. Quand les premiers ont érigé le « voucher touristique « en sacré Graal, les seconds excluent que l’on puisse entrer sur leur territoire autrement que par l’avion. Résumé de notre quête de visas.

Marie et moi, dans notre souci de division des tâches pas toujours des plus efficaces, avions décidé que je gérerais les russes et elle les chinois. Après avoir enfin trouvé le site officiel de l’ambassade de Russie en France et écumé les forums et sites d’aide à l’obtention de visas, je prend conscience de la tâche qui m’attend.  J’y apprends, entre autre,  que le « visa touristique ordinaire » (heureusement que l’on n’a pas choisi le multi-entrées, voire le visa touristique extraordinaire…) « est délivré sur la base d’un contrat dûment établi de prestation de services touristiques et d’une attestation d’accueil d’un touriste étranger établie par une organisation russe exerçant des activités de voyagiste (tour-opérateur) ». Zut. Sachant qu’on n’a encore aucune idée de là où on va atterrir à Moscou ni des étapes qui seront les nôtres sur le parcours du Transsibérien, ça s’annonce un brin compliqué. Pas d’affolement (un petit peu quand même, surtout à l’heure où les sanctions russes à l’égard de l’UE et vice-versa vont crescendo). Quelques retours d’expérience de plus et je comprends qu’il va falloir que je paie un tour opérateur pour me faire un programme factice, puis que je réserve et paie à l’avance les hôtels sur l’intégralité de mon séjour si je veux pouvoir un jour voir la place rouge. Toujours pas d’affolement – tout le monde connait mon niveau constant d’anxiété 🙂 Il y a donc des dizaines d’entreprises russes, françaises, russo-françaises, dont la seule raison d’être est de délivrer, en échange de rémunération évidemment, les fameux « vouchers » indispensables à n’importe quel dossier de demande de visas. Je choisis « Russie autrement« , un peu par hasard et parce que quand même, je veux un voucher touristique alternatif moi! Je dois leur donner un programme prévisionnel détaillé jour par jour, le nom de tous mes hôtels et quelques données personnelles supplémentaires, pour que quelques beaux tampons et un joli numéro d’agrément viennent transformer un vulgaire programme bidon en un voucher. Cela vous fera 40 euros, sans assurance que le centre de visas se contente du nom des hôtels. Ma référente me fait en effet comprendre que je peux tenter de faire ma demande comme ça, mais qu’aujourd’hui dans la plupart des cas, le centre des visas demande  les preuves de paiement et de réservation.

Munies de nos passeports et photocopies, photos d’identité, vouchers, programmes prévisionnels, attestations d’assurance et de rapatriement, nous nous rendons donc au centre des visas pour la Russie. Arrivées une heure trente après l’ouverture, il doit y avoir au moins 30 personnes dans la pièce, et une longue rangée de guichets dont seulement deux semblent ouverts. Dans l’ascenseur, je croise une dame qui me demande si je viens pour la première fois;  me voyant lui dire oui avec une moue d’étonnement, elle me rétorque « bon courage, moi ça fait la quatrième fois que je viens et je n’ai toujours rien ». Comptant sur ma chance et armée de mon plus beau sourire, je me dirige vers la demoiselle blonde aux yeux bleus de l’accueil (évidemment puisqu’elle est russe), lui tends mon dossier bien rangé dont je suis très fière et demande à déposer ma demande. « Vous avez rendez-vous »? « Non. Il fallait prendre rendez-vous? Je n’ai pas vu cette mention sur le site ». « On ne peut pas tout marquer sur le site, mais oui évidemment il faut prendre rendez-vous ». « Très bien, je vais prendre rendez-vous ». « Il n’y a pas de place avant octobre ». « C’est embêtant je pars le 3 septembre ». « Et bien restez-là et essayez de passer entre les rendez-vous, vu l’heure, vous avez une chance sur mille de passer ». « Très bien – pensant c’est beaucoup une chance sur mille, j’ai bien fait de compter sur ma chance- je vais attendre ».

Entre temps, Marie s’était déjà faite recaler pour être venue avec le contrat d’assurance et non l’attestation d’assurance (« vous comprenez il n’y a ni marqué Russie ni le tampon »). Je croise une deuxième personne qui me dit qu’en tout elle a déjà attendu 8 heures pour un visa de transit (iequelques heures à Moscou).  Evidemment, je ne passe pas le matin et reviens l’après midi, toujours la même ruée des hommes et femmes à pochette dans l’ascenseur à l’ouverture des portes, toujours le même sourire à la même demoiselle blonde et russe. Il faut croire qu’il y a payé puisque seulement une heure et demi plus tard, elle me fait signe de passer au guichet 2. J’étais dans le même état que pour l’oral du bac français, sauf que ma fine connaissance de Candide n’allait pas m’aider. Une deuxième blonde et russe prend mon dossier, me regarde, regarde mon dossier, me reregarde, reregarde mon dossier, et ainsi de suite pendant 5 minutes pour finir par me grogner que « ce n’est pas parce que je prend votre dossier que vous aurez le visa. Allez payer au guichet d’à côté et revenez dans 10 jours ».  « Merci madame, très aimable ».

Bref, j’ai eu mon visa russe. Pour le chinois, n’ayant aucun billet d’avion aller-retour à montrer ni réservation d’hôtel, on a finalement décidé que l’ambassade de la République populaire de Chine à Oulan Bator nous porterait chance avec cette fois, une difficulté supplémentaire, le doux rêve d’obtenir un visa double entrée ! La suite début octobre.